Chantier de traduction : autour de W. Wordsworth

Voici le trente-quatrième et dernier sonnet d’une série publiée en 1820, relatant une promenade imaginaire le long de la rivière Duddon. Concision du phrasé, exclamations convenues : on est loin des effusions du jeune poète de “Tintern Abbey” clamant naïvement son amour de la Wye ; de même la forme du sonnet sert au poète à produire du sens, l’ambition didactique de Wordsworth s’affirme. Le titre du sonnet, “Afterthought” est difficilement traduisible : il s’agit d’une pensée faite après coup, soit une prise de conscience tardive, soit une rectification, presque un repentir. J’adoube donc le nom “Repensée”, qui me convient autant qu’au poète de la remémoration créatrice et des lieux revisités.

La rivière Duddon. Repensée

Je pensais à toi, ma partenaire, mon guide,
Comme ayant disparu. Vaine affliction –
Car en arrière, Duddon, quand j’y tourne mon regard,
Je vois ce qui fut, qui est et va durer.
Coule encore et pour toujours coulera le courant,
La forme demeure, la fonction ne meurt jamais,
Cependant nous, les braves, les puissants et les sages,
Nous les hommes, qui au matin de la vie avons défié
Les éléments – nous devons disparaître. Soit !
Il suffit que quelque chose de nos mains puisse
Vivre, agir, et servir l’heure future ;
Et que, tandis que nous allons vers la tombe silencieuse,
Par l’amour, l’espoir et le legs transcendant de la foi,
Nous sentions que nous sommes plus grands que nous savons.

traduit par ©Maxime Durisotti

The River Duddon. Afterthought

I thought of thee, my partner and my guide,
As being passed away.—Vain sympathies !
For, backward, Duddon ! as I cast my eyes,
I see what was, and is, and will abide.
Still glides the stream, and shall for ever glide ;
The form remains, the function never dies,
While we, the brave, the mighty, and the wise,
We men, who in our morn of youth defied
The elements, must vanish;—Be it so !
Enough, if something from our hands have power
To live, and act, and serve the future hour ;
And if, as tow’rd the silent tomb we go,
Thro’ love, thro’ hope, and faith’s trancendent dower
We feel that we are greater than we know.