Sincérité (ou spontanéité) et discipline. La sincérité (ou spontanéité) a-t-elle toujours un prix et une valeur ? Elle a un prix et une valeur si elle est disciplinée. La sincérité (et la spontanéité) implique un individualisme maximum, aussi bien dans le sens de l’idiosyncrasie (originalité dans ce cas équivaut à idiotisme). L’individu est original, historiquement, quand il donne le maximum d’emphase et de vie à la « socialité », sans laquelle il serait un « idiot » (dans le sens étymologique, qui toutefois n’est pas éloigné du sens vulgaire et commun). Il existe de l’originalité, de la personnalité, de la sincérité une signification romantique, et cette signification est justifiée historiquement dans la mesure où elle est née en opposition à une forme de conformisme par essence « jésuitique » : c’est-à-dire un conformisme artificieux, factice, créé superficiellement pour les intérêts d’un petit groupe, d’une clique, et non d’une avant-garde.
Il existe un conformisme « rationnel », c’est-à-dire correspondant à la nécessité, à l’effort minimum pour obtenir un résultat utile, et il faut exalter et promouvoir la discipline d’un tel conformisme, il faut la transformer en « spontanéité » et en « sincérité ». Le conformisme ne signifie rien d’autre que « socialité », mais on se plaît à utiliser le mot « conformisme » à dessein, pour heurter les imbéciles. Cela n’enlève pas la possibilité de se former une personnalité et d’être original, mais cela rend la chose plus difficile. C’est trop facile d’être original en faisant le contraire de ce que tous font : c’est une chose mécanique. C’est trop facile de parler autrement que les autres, d’être des néolaliques, ce qui est difficile c’est de se distinguer des autres sans faire pour autant des acrobaties. De nos jours justement, il advient qu’on se cherche à bas prix une originalité et une personnalité. Les prisons et les asiles de fous sont pleins d’hommes originaux, à la forte personnalité. Mettre l’accent sur la discipline, sur la socialité, et toutefois prétendre à la sincérité, à la spontanéité, à l’originalité, à la personnalité : voilà ce qui est vraiment difficile, ardu. On ne peut pas dire que le conformisme est trop facile et qu’il réduit le monde à un couvent. En attendant, quel est le « véritable conformisme, c’est-à-dire quelle est la conduite « rationnelle » la plus utile, la plus libre, en ce qu’elle obéit à la « nécessité » ? Chacun est porté à faire de soi-même l’archétype de la « mode », de la « socialité » et à se poser en « exemple ». Pour autant la socialité, le conformisme, sont le résultat d’une lutte culturelle (et pas uniquement culturelle » ; c’est une donnée « objective » ou universelle, de même que ne peut pas ne pas être objective et universelle la « nécessité » sur laquelle s’élève l’édifice de la liberté.

Antonio Gramsci

Traduit par Claire Placial

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Sincerità (o spontaneità) e disciplina. La sincerità (o spontaneità) è sempre un pregio e un valore? È un pregio e un valore se disciplinata. Sincerità (e spontaneità) significa massimo di individualismo, ma anche nel senso di idiosincrasia (originalità in questa caso è uguale a idiotismo). L’individuo è originale storicamente quando dà il massimo di risalto e di vita alla «socialità», senza cui egli sarebbe un «idiota» (nel senso etimologico, che però non si allontana dal senso volgare e comune). C’è dell’originalità, della personalità, della sincerità un significato romantico, e questo significato è giustificato storicamente in quanto nacque in opposizione a un certo conformismo essenzialmente «gesuitico»: cioè un conformismo artificioso, fittizio, creato superficialmente per gli interessi di un piccolo gruppo o cricca, non di una avanguardia.
C’è un conformismo «razionale» cioè rispondente alla necessità, al minimo sforzo per ottenere un risultato utile e la disciplina di tale conformismo è da esaltare e promuovere, è da fare diventare «spontaneità» e «sincerità». Conformismo, significa poi niente altro che «socialità», ma piace impiegare la parola «conformismo» appunto, per urtare gli imbecilli. Ciò non toglie la possibilità di formarsi una personalità e di essere originali, ma rende più difficile la cosa. È troppo facile essere originali facendo il contrario di ciò che fanno tutti; è una cosa meccanica. Ê troppo facile parlare diversamente dagli altri, essere neolalici, il difficile è distinguersi dagli altri senza perciò fare delle acrobazie. Avviene proprio oggi che si cerca una originalità e personalità a poco prezzo. Le carceri e i manicomi sono pieni di uomini originali e di forte personalità. Battere l’accento sulla disciplina, sulla socialità, e tuttavia pretendere sincerità, spontaneità, originalità, personalità: ecco, ciò che è veramente difficile e arduo. Né si può dire che il conformismo è troppo facile e riduce il mondo a un convento. Intanto, qual è il «vero conformismo», cioè qual è la condotta «razionale» più utile, più libera, in quanto ubbidisce alla «necessità»? Cioè qual è la «necessità»? Ognuno è portato a fare di sè l’archetipo della «moda», della «socialità» e a porsi come «esemplare». Pertanto la socialità, il conformismo, è il risultato di una lotta culturale (e non solo culturale); è un dato «oggettivo» o universale, così come non può non essere oggettiva e universale la «necessità» su cui si innalza l’edificio della libertà. »
Quaderni del carcere, Opere di A. Gramsci, vol. 6, pp.26/27