C’est en vain qu’on chercherait le moindre signe de ponctuation dans les écrits de John Clare, à l’exception du tiret. Pierre Leyris avait choisi de ponctuer légèrement ses versions, car on sait que Clare aimait bien qu’on fasse ce travail pour lui – je m’en suis dispensé ici. Le poète paysan a par ailleurs écrit son peu d’intérêt pour la grammaire: on en possède suffisamment, dit-il, lorsqu’on se fait comprendre ! L’orthographe est aussi hésitante, je n’ai cependant pas pris soin d’élaborer un système d’équivalence des fautes.

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On a souvent affirmé que les jeunes grenouilles et poissons tombent des nuages lors des tempêtes et on l’a souvent affirmé à tort quand le phénomène résultait de causes naturelles – j’ai vu des milliers de jeunes grenouilles traverser une route après une averse mais j’ai compris qu’elles avaient quitté leurs cachettes et continué leur périple après que le début de l’averse           tôt le matin les lève-tôt peuvent voir des nuées de jeunes grenouilles quittant leur lieu de naissance qui migrent aussi vite qu’elle sautent dans de nouvelles colonies et aussitôt que le soleil tape elles se cachent dans l’herbe aussi bien qu’elles savent attendre l’approche de la nuit afin de pouvoir recommencer mais si au cours de la journée des averses se mettent à tomber instantanément elles retentent leur chance et reprennent leur périple jusqu’à ce que le soleil se montre et mette fin à leur voyage de nouveau           aussi les jeunes poissons je les ai toujours trouvés dans des trous avoisinant de très près les ruisseaux et restés en communication (mais plus à ce moment là) avec eux par temps humide quand les fossés étaient remplis – on a affirmé que les anguilles tombaient avec la pluie dans les mares           on a affirmé cela parce qu’ils ne savaient pas comment expliquer cela d’une autre manière – une fois que j’étais jeune homme et que j’étais resté tard à une fête j’ai traversé un pré vers minuit et vu à ma surprise des quantités de petites choses fugitives migrant qui le traversaient bien loin de toute eau           j’ai d’abord pensé que c’étaient des serpents mais j’ai conclu d’après une observation plus rapprochée que c’étaient de jeunes anguilles qui se précipitaient vers une vaste mare appelée l’étang de l’îlot vers lequel elles voyageaient comme si cette route leur était familière           j’ai pensé que c’était une merveilleuse découverte mais depuis j’ai observé la même chose avec de plus grandes anguilles allant d’une mare à l’autre à l’aube et j’en ai saisi deux grosses en plein acte de migration

Traduit de l’anglais par © Maxime Durisotti

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