Les poèmes que voici sont inclus dans le recueil Lyrisches Intermezzo, publié en 1823 dans Le Livre des chants (Das Buch der Lieder). Si j’ai choisi de traduire ceux-ci, c’est à cause de leur inclusion dans le cycle de lieder Dichterliebe (Les Amours du poète) de Schumann. Comme le texte ne l’indique pas, il a composé ces lieder l’année de son mariage tant désiré avec Clara Wieck.
Schumann met en musique seize de la soixantaine de poèmes que comprend Lyrisches Intermezzo ; il me semble percevoir dans le choix des poèmes une volonté de cohérence thématique aussi bien que de progression à l’échelle du cycle (non reflétée par la sélection de poèmes ici traduits, qui se situent dans la première partie du cycle).
J’ai traduit en gardant une oreille sur Schumann. Dans une certaine mesure, ma traduction colle avec le rythme des lieder, mais ce n’est pas prioritairement pour un hypothétique chant en français que j’ai traduit. Écouter Schumann en traduisant m’a davantage portée à entendre la place des accents dans le vers. Je parle de la fabrique de cette traduction ici.
Quant au lieder, on en trouve un bel enregistrement, accompagné des partitions, .

2

Aus meinen Tränen sprießen

De mes larmes ont éclos
Nombre de fleurs épanouies
Et mes soupirs forment
Un chœur de rossignols.

Et si tu m’aimes bien, petite,
Je t’offrirai toutes les fleurs,
Et devant ta fenêtre résonnera
Le chant du rossignol.

Aus meinen Tränen sprießen
Viel blühende Blumen hervor,
Und meine Seufzer werden
Ein Nachtigallenchor.

Und wenn du mich liebhast, Kindchen,
Schenk ich dir die Blumen all,
Und vor deinem Fenster soll klingen
Das Lied der Nachtigall.

3

Die Rose, die Lilie, die Taube, die Sonne

La rose, le lis, la colombe, le soleil,
Tous je les aimai jadis d’un amour joyeux.
Je ne les aime plus, je n’aime plus que
La petite, la fine, la pure, l’unique ;
Elle-même, source de tout amour,
Est rose et lis et colombe et soleil.

Die Rose, die Lilie, die Taube, die Sonne,
Die liebt ich einst alle in Liebeswonne.
Ich lieb sie nicht mehr, ich liebe alleine
Die Kleine, die Feine, die Reine, die Eine;
Sie selber, aller Liebe Bronne,
Ist Rose und Lilie und Taube und Sonne.

7
Ich will meine Seele tauchen

Je veux plonger mon âme
Au fond de la corolle du lis,
Le lis devra résonnant murmurer
Un des plus chers de mes chants.

Le chant devra frémir et trembler
Comme le baiser de sa bouche,
Qu’un jour elle m’a donné
À l’heure douce, merveilleuse.

Ich will meine Seele tauchen
In den Kelch der Lilie hinein;
Die Lilie soll klingend hauchen
Ein Lied von der Liebsten mein.

Das Lied soll schauern und beben
Wie der Kuß von ihrem Mund,
Den sie mir einst gegeben
In wunderbar süßer Stund’.

18
Ich grolle nicht, und wenn das Herz auch bricht

Je ne gronde pas, et si mon cœur se brise,
Amour éternel perdu ! je ne gronde pas.
Tu peux rayonner de ton éclat de diamant,
Aucun rayon n’entre dans la nuit de ton cœur.

Je l’ai toujours su. Car je t’avais vue en rêve,
Et j’avais vu la nuit dans l’espace de ton cœur,
Et j’avais vu le serpent qui se repaît de ton cœur
J’avais vu, mon amour, l’ampleur de ta misère.

Ich grolle nicht, und wenn das Herz auch bricht,
Ewig verlornes Lieb! ich grolle nicht.
Wie du auch strahlst in Diamantenpracht,
Es fällt kein Strahl in deines Herzens Nacht.

Das weiß ich längst. Ich sah dich ja im Traum,
Und sah die Nacht in deines Herzens Raum,
Und sah die Schlang’, die dir am Herzen frißt –
Ich sah, mein Lieb, wie sehr du elend bist.

39
Ein Jüngling liebt ein Mädchen

Un jeune homme aime une fille,
Elle en a choisi un autre,
Cet autre en aime une autre,
Et s’est marié avec elle.

La fille épouse par colère
Le premier homme décent
Qu’elle rencontre en chemin,
Le jeune homme en a de la peine.

C’est une vieille histoire,
Qui reste toujours neuve ;
Et celui à qui cela arrive,
Son cœur se brise en deux.

Ein Jüngling liebt ein Mädchen,
Die hat einen andern erwählt;
Der andre liebt eine andre,
Und hat sich mit dieser vermählt.

Das Mädchen heiratet aus Ärger
Den ersten besten Mann,
Der ihr in den Weg gelaufen;
Der Jüngling ist übel dran.

Es ist eine alte Geschichte,
Doch bleibt sie immer neu;
Und wem sie just passieret,
Dem bricht das Herz entzwei.

Traduit par Claire Placial