Autour de Dino Campana

Ce poème de jeunesse est extrait du Quaderno, un cahier regroupant 43 poèmes retrouvé par la famille de Campana dans leur ancienne maison du village de Marradi (Toscane). La datation du carnet n’est pas certaine, mais les critiques situent généralement l’écriture des poèmes entre 1908 (date du voyage de Campana en Amérique Latine, auquel font référence quelques textes du Quaderno) et 1914 (date de la publication des Canti orfici, dont plusieurs textes du Quaderno sont les brouillons, Canti orfici qui marquent également un grand changement stylistique chez Campana).

Épée barbare

 

Vous qui rompez les vagues du soir
De la pointe de votre pied, là-haut sur le balcon
.           .           .           .           .           .           .
Oh si j’avais sirène
Une seule goutte de votre sueur
Sur ma langue ardente, une seule goutte.
Mais votre front marmoréen
Mais votre coupure écarlate
Me raillent métalliques
Vierge inaccessible une seule goutte…
.           .           .           .           .           .           .
Idole, dans mon sang de chrétien
Je sens le vertige couler
Idole, le feu de la destruction
Me gagne. Sur votre tête tranchée
Idole votre sang païen
Paradisiaque sang je boirai
Votre sang magnifique et abhorré
Votre sang doux et étouffant
Votre sang à l’odeur de musc
Votre sang tapis royal
Où s’amortit le pas de la vie
Dégouttera étincelant
Perle de vérité éternelle
Clepsydre des héros et des dieux.

J’ai une lame luisante
Qui vainc la splendeur de vos yeux,
Qui froide et vorace veut éteindre
Sa splendeur dans votre gorge
Et s’en retourner victorieuse
Avec un trophée de diamants rouges
De diamants rouges qui courent
Sur le terrible fil fulgurants
Et passent comme un météore
Et tombent silencieusement
Dans le giron de la terre génitrice
Oh que ton corps me verse
Oh dame ses printemps
Les plus doux en un flot qui lèche
Mes pieds sévères, les chargeant
D’un lent sanglot étouffé
D’un lent sanglot étouffé :
Et moi je marcherai sur le tapis
Rouge et mouvant, comme un roi en exil
En un rêve de règne au-dessus des cieux.

Dino Campana, traduit par Irène Gayraud ©

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Spada barbarica

 

Voi che rompete le onde della sera
Colla punta del piede, in sul balcone
.           .           .           .           .           .           .
O se avessi sirena
Una sol goccia del vostro sudore
Sulla lingua ardente, una sol goccia.
Ma la vostra fronte marmorea
Ma il vostro taglio scarlatto
Mi irridono metallici
Vergine inacessibile una goccia…
.           .           .           .           .           .           .
Idolo, nel mio sangue di cristiano
Io sento la vertigine colare
Idolo, il fuoco della distruzione
Mi prende. Sulla vostra testa mozza
Idolo il vostro sangue pagano
Paradisiaco sangue io beverò
Il vostro sangue magnifico e aborrito
Il vostro sangue dolce e soffocante
Il vostro sangue che odora di muschio
Il vostro sangue tappeto regale
Dove si smorza il passo della vita
Gocciolerà lampeggiante
Stilla di verità eterna
Clessidra degli eroi e degli dei.

Ho una lama lucente
Che vince lo splendore dei vostri occhi,
Che fredda vorace vuol spegnere
Il suo splendore nella gola vostra
E ristornarsene vittoriosa
Di un trofeo di rossi diamanti
Di rossi diamanti che corrono
Su per il filo terribile folgoranti
E passano come meteora
E cadono silenziosamente
Nel grembo della terra genitrice
Oh che il tuo corpo mi versi
O donna le sue primavere
Più dolci in un fiotto che grava
Lambente i miei piedi severi
Con un tardo singhiozzo soffocato
Con un tardo singhiozzo soffocato:
Ed io camminerò sopra il tappeto
Rosso e movente, come un re in esilio
In un sogno di regno sopra i cieli.