Chantier de traduction : autour de H. Heine

Le jour suivant le monde était remis bien en ordre, et il y avait de nouveau école, comme avant, et on apprenait par cœur, comme avant – les rois romains, les dates, les noms en im, les verba irregularia, le grec, l’hébreu, la géographie, la langue allemande, le calcul mental – Dieu ! la tête m’en tourne encore – il fallait tout apprendre par cœur. Bien des choses apprises alors me servirent par la suite. Car si je n’avais pas su par cœur les rois romains, ensuite cela m’aurait été complètement indifférent de savoir si Niebuhr a prouvé ou n’a pas prouvé qu’ils n’ont pas réellement existé. Et si je n’avais pas su les dates, comment aurais-je pu m’y retrouver plus tard dans la grande ville de Berlin où chaque maison ressemble à la suivante, comme une goutte d’eau ou un grenadier à un autre, et où on ne peut pas retrouver les gens qu’on connaît si l’on n’a pas en tête les numéros de rue ; alors pour chaque personne de ma connaissance je songeais à un événement historique dont la date correspondait au numéro de sa maison, pour que je puisse me souvenir facilement du second en pensant à la première, et pour cette raison un événement historique me venait toujours à l’esprit à chaque fois que je voyais une personne de ma connaissance. Par ex. quand je rencontrais mon tailleur, je pensais aussitôt à la bataille de Marathon, rencontrais-je Christian Gumpel, le banquier bien mis, aussitôt je pensais à la destruction de Jérusalem, apercevais-je un ami portugais très endetté, je pensais aussitôt à la fuite de Mahomet, voyais-je le doyen de l’université, un homme dont la sévère droiture est connue, je pensais aussitôt à la mort de Haman, dès que je voyais Wadzeck, je pensais aussitôt à Cléopâtre – Ah, juste ciel, la pauvre bête est morte maintenant, les glandes lacrymales sont asséchées, et on peut dire avec Hamlet : l’un dans l’autre, c’était une vieille femme, nous en aurons d’autres du même genre ! Comme je l’ai dit, les dates sont parfaitement nécessaires, je connais des gens qui n’ont rien que quelques dates dans la tête et qui savent à Berlin trouver les bonnes maisons et qui sont déjà Professeurs tout comme il faut. Mais j’eus bien des misères à l’école avec tous ces nombres ! Avec le calcul c’était encore pire. C’était les soustractions que je comprenais le mieux, et il y a là une règle très pratique : « On ne peut ôter quatre de trois, il faut mettre un de côté » – je conseille cependant à chacun dans de tels cas de mettre quelques sous de plus de côté ; car on ne sait jamais.

Pour ce qui est en revanche du latin, vous n’avez pas idée, Madame, à quel point c’est tordu. Les romains n’auraient sans doute le temps de conquérir le monde s’ils avaient d’abord dû apprendre le latin. Ces heureux gens savaient déjà au berceau quels noms font leur accusatif en im. Moi au contraire je dus l’apprendre par cœur à la sueur de mon front ; mais c’est aussi bien que je le sache. En effet j’aurais pu par ex. le 20 juillet 1825, alors que je dissertais en latin dans l’amphithéâtre de Göttingen – Madame, cela valait la peine d’écouter –, j’aurais pu dire sinapem à la place de sinapim, et peut-être que les renards présents l’auraient remarqué, et cela aurait été une honte éternelle pour moi. Vis, buris, sinapis, tussis, cucumis, amussis, cannabis, sinapis – ces mots, qui ont si bien fait sensation dans le monde, ont eu cet effet en ce qu’ils appartenaient à une classe particulière et pourtant restaient des exceptions ; je ne les en estime que davantage, et les avoir à portée de main, au cas où j’aie soudain besoin d’eux, cela m’apporte dans certaines heures troublées de la vie un grand apaisement intérieur et une grande consolation. Mais, Madame, les verba irregularia – qui se distinguent des verbis regularibus par ce qu’on reçoit à cause d’eux encore plus de coups de trique -, sont effroyablement difficiles. Sous les arcades du cloître des franciscains, non loin de la salle de classe, était à l’époque suspendu un grand Christ en croix en bois gris, image de la désolation, qui encore maintenant pendant la nuit pénètre dans mes rêves et me regarde tristement de ses yeux fixes et sanglants – devant cette statue je me tenais souvent priant : O toi pauvre Dieu qu’on tourmente aussi, si cela t’es possible d’une façon ou d’une autre, veille à ce que je garde en tête les verba irregularia.

Je ne veux même pas parler du grec ; je m’énerverais trop. Les moines au moyen-âge n’avaient pas complètement tort quand ils affirmaient que le grec était une invention du diable. Dieu connaît les souffrances que j’ai endurées à cause du grec. Avec l’hébreu ça allait mieux, en effet j’ai toujours eu une forte prédilection pour les juifs, même si, jusqu’à cette heure, ils crucifient ma bonne réputation ; mais je ne pus pas aller aussi loin en hébreu que ma montre de gousset, qui fréquentait assidûment le prêteur sur gages et qui acquit par là bien des coutumes juives – par ex. le samedi elle ne marchait pas – et qui apprit la langue sainte dont elle récitait la grammaire ; pendant les nuits sans sommeil je fus en effet souvent surpris de l’entendre tic-taquer invariablement : katal, katalta, katalti – kittel, kittalta, kittalti –tokat, tokadeti – tikat – tik – tik [1]

Cependant je comprenais bien mieux la langue allemande, et ce n’est pourtant pas un jeu d’enfant. C’est que nous pauvres allemands, qui sommes déjà suffisamment éreintés par les réquisitions, le service militaire, les impôts individuels et mille prélèvements, nous nous en avons repris une couche et nous nous tourmentons mutuellement avec l’accusatif et le datif. J’appris beaucoup sur la langue allemande avec le vieux recteur Schallmeyer, un brave curé, qui me prit en charge dès l’enfance. Mais j’appris aussi beaucoup avec le professeur Schramm, un homme qui a écrit un livre sur la paix perpétuelle et dans les cours duquel mes camarades faisaient le plus grand chahut.

Pendant que je continuais à écrire d’un seul jet et pensais ce faisant à toutes sortes de choses, je me suis mis, et c’était imprévu, à faire des tartines de mes vieilles histoires d’école, et je profite de l’occasion pour vous montrer, Madame, que ce n’est pas ma faute si mes connaissances en géographies sont si faibles, que plus tard je ne sus trouver mon chemin dans le monde. À l’époque les français avaient déplacé toutes les frontières, tous les jours les pays étaient coloriés différemment, ceux qui étaient bleus étaient soudain maintenant verts, certains devinrent même rouge sang, les principes fondamentaux des livres de classe étaient si changeants, si mélangés, qu’aucun diable ne les aurait reconnus, les produits locaux changeaient de même, chicorées et betteraves poussaient maintenant là où naguère on ne voyait que des lapins et des junkers à leur poursuite, même les caractères des peuples changeaient, les Allemands devenaient flexibles, les Français ne faisaient plus de compliments, les Anglais ne jetaient plus l’argent pas les fenêtres, et les Vénitiens étaient à court de ruse, sous les princes il y avait beaucoup d’avancement, les anciens rois recevaient de nouveaux uniformes, on concoctait de nouveaux royaumes qui partaient comme des petits pains, de nombreux potentats au contraire étaient chassés de leur maison et de leur cour et devaient gagner leur pain d’une autre façon, et certains s’établissaient artisans et fabriquaient par exemple de la cire pour les sceaux ou – Madame, cette phrase touche enfin à son terme, je perdais le souffle – en un mot, dans de telles époques on ne peut pas aller bien loin dans l’étude de la géographie.

On s’en sort mieux quand même avec l’histoire naturelle, là il ne peut pas trop se produire de changements, et là on dispose de certaines gravures de singes, kangourous, zèbres, rhinocéros, etc. Comme ce genre d’images m’est resté en mémoire, il s’est souvent produit par la suite qu’au premier regard certaines personnes me sont instantanément apparues comme de vieilles connaissances.

En mythologie aussi ça allait bien. Je me réjouissais au plus haut point de cette racaille de dieux qui régissaient le monde tout nus et tout drôles. Je ne crois pas que dans l’ancienne Rome un écolier ait plus volontiers que moi appris par cœur les principaux articles de son catéchisme, par ex. les amours de Vénus. Pour parler franchement, puisqu’il nous fallait quand même apprendre par cœur les anciens dieux, nous aurions aussi bien dû les garder, et peut-être n’y gagnons pas beaucoup avec notre triangle de divinité néo-romaines, ou même avec notre dieu juif unique. Peut-être cette mythologie n’était pas aussi complètement immorale qu’on le lui a reproché ; par ex. Homère a eu une pensée très décente en donnant un époux à cette Vénus si désirée.

Mais là où cela allait le mieux pour moi, c’était dans la classe de français de l’Abbé Daulnoy, un français émigré, qui avait écrit une foule de grammaires et portait une perruque rousse et sautait partout l’air rusé quand il déclamait son Art poétique ou son Histoire allemande – c’était le seul de tout le lycée qui enseignât l’histoire allemande. Toutefois même le français a ses difficultés, et pour l’apprendre tout à fait il faut beaucoup de réquisitions, beaucoup de tambourinage, beaucoup d’apprendre par cœur, et par dessus tout on n’a pas le droit d’être une bête allemande. Il y eut là matière à bien des paroles dures, je m’en rappelle comme si c’était hier, j’ai vécu à cause de la religion bien des moments désagréables. On m’a posé bien six fois la question : « Henri, comment dit-on en français “der Glaube” ? » Et six fois, et toujours d’un ton plus pleurnichard, j’ai répondu : « On dit le crédit ». Et à la septième fois, rouge comme une cerise, l’examinateur furieux s’écria : « On dit la religion » – et les coups de pleuvoir, et mes camarades de rire. Madame ! depuis cette époque je ne peux pas entendre mentionner le mot religion sans que mon dos ne pâlisse de peur et que mes joues ne rougissent de honte. Et pour tout avouer franchement, le crédit m’a davantage servi dans ma vie que la religion – à cet instant il me vient à l’esprit que je dois encore cinq Taler au tenancier de l’auberge « au Lion » de Bologne – et vraiment j’accepterais de devoir cinq Taler de plus au tenancier de l’auberge « au Lion » si seulement je pouvais ne plus jamais entendre dans cette vie ce malheureux mot de religion.

Parbleu, Madame ! je suis allé loin en français ! Je ne comprends pas que le patois, mais aussi le français des bonnes des nobles. Il y a peu encore, dans une noble société, j’ai compris presque la moitié du discours de deux comtesses allemandes, dont chacune avait plus de soixante-quatre ans et autant d’ancêtres. Oui, au Café Royal à Berlin j’ai une fois entendu un Monsieur Hans Michel Mertens parler français et j’ai entendu chaque mot, même s’il ne disait rien à quoi l’entendement ait part. On doit connaître le génie de la langue, et c’est en jouant du tambour qu’on l’acquiert au mieux. Parbleu ! que ne dois-je pas au tambour français, qui fut si longtemps en quartier chez nous et qui ressemblait à un diable et qui avait pourtant un cœur d’une angélique bonté et qui tambourinait si admirablement.

C’était une petite figure mobile avec une effroyable moustache noire, sous laquelle les lèvres rouges s’entêtaient à saillir, pendant que les yeux de feu tiraient ici et là.

Moi, petit garçon, je m’accrochais à lui comme une bardane et l’aidait à faire luire ses boutons comme des miroirs et à blanchir sa verste à la craie – c’est que Monsieur Le Blanc aimait plaire – et je le suivait pendant sa faction, à l’appel, à la parade – il n’y avait là qu’éclat des armes et enjouement – les jours de fête sont passés ! Monsieur Le Blanc ne savait que peu d’allemand, que les expressions principales – Brot, Kuss, Ehre – pain, baiser, honneur –  mais il savait très bien se faire comprendre en tambourinant, par ex. si je ne savais pas ce que voulait dire liberté, il  jouait au tambour la Marseillaise – et j’ai compris. Si je ne savais pas le sens du mot égalité, alors il jouait la marche « ça ira, ça ira — les aristocrates à la lanterne » et j’ai compris. Si je ne savais pas ce qu’était bêtise, alors il jouait la marche de Dessau, que les allemands, comme le raconte Goethe, ont joué en Champagne – et j’ai compris. Il voulut un jour m’expliquer le mot « L’Allemagne », et il joua ces vieilles mélodies par trop simples que l’on entend les jours de marché pour faire danser les chiens, c’est-à-dire Dum-Dum-Dum, je me suis énervé, mais j’ai compris.

Il m’enseigna d’une semblable manière l’histoire plus récente. Je ne comprenais certes pas les mots qu’il disait, mais puisqu’il jouait sans arrêt du tambour en parlant, je savais tout de même ce qu’il voulait dire. Au fond c’est là la meilleure méthode pour apprendre. On ne comprend bien l’histoire de la prise de la Bastille, des Tuileries etc. que lorsque l’on sait comment dans de telles circonstances on a joué du tambour. Dans nos manuels scolaires on ne lisait que « Leurs exc. les barons et comtes et leurs exc. leurs épouses  furent décapités – leurs altesses les ducs et les princes et leurs altesses leurs épouses furent décapités – sa majesté le roi et sa majesté son épouse furent décapités », mais quand on entend au tambour la marche rouge de la guillotine, on comprend pour la première fois vraiment, et on apprend le pourquoi et le comment. Madame, c’est une marche bien singulière ! Elle me fit frissonner des pieds à la tête la première fois que je l’ai entendue, et j’ai été content de l’oublier – on oublie ce genre de choses en grandissant, un jeune homme a tant d’autres connaissances à garder en tête – le whist, le boston, les tables généalogiques, les résolutions du parlement, la dramaturgie, la liturgie, les découpages – et vraiment, même en me creusant la tête je ne pus pendant longtemps me rappeler cette violente mélodie[2]. Mais figurez vous, Madame ! dernièrement, je suis à table avec toute une ménagerie de comtes, princes, princesses, gentilshommes de la chambre, maréchales de la cour, aubergistes de la cour, maîtresses de la haute cour, préposés à l’argenterie de la cour, maîtresses de la chasse de la cour, et Dieu sait comment ces insignes domestiques peuvent encore s’appeler, et leurs domestiques inférieurs couraient derrière leurs chaises et leur poussaient des assiettes pleines devant la gueule – mais moi, qui étais négligé et ignoré, j’étais assis sans rien faire, sans le moindre petit morceau pour faire travailler mes mâchoires, et je modelais des boulettes de pain et tambourinait d’ennui avec mes doigts, et à mon effroi je me mis soudain à tambouriner la marche rouge de la guillotine, depuis longtemps oubliée.

« Et que se passa-t-il ? » Madame, ces gens ne se laissent pas distraire de leur repas et ne savent pas que les autres gens, quand ils n’ont rien à manger, commencent à tambouriner, et des marches bien curieuses qu’on aurait cru oubliées depuis longtemps.

Maintenant, est-ce que le tambour est un talent inné, ou l’ai-je développé précocement, quoi qu’il en soit, il a pris possession de mes membres, de mes mains et de mes pieds, et il s’exprime parfois spontanément. Spontanément. À Berlin un jour j’étais assis dans l’assemblée réunie par conseiller privé Schmalz, un homme qui a sauvé l’état grâce à son livre sur le danger des manteaux noirs et des manteaux rouges  – vous vous rappelez, Madame, grâce à Pausanias, comment un jour grâce au cri d’un âne un complot tout aussi dangereux fut découvert, vous savez aussi, grâce à Tite-Live, ou grâce à l’histoire mondiale de Becker, comment les oies du Capitole ont sauvé Rome, et grâce à Salluste vous savez très bien que grâce à une putain bavarde, Madame Fulvia, l’effroyable complot de Catilina fut mis à jour. – Mais pour en revenir à nos agneaux, dans l’assemblée réunie par conseiller privé Schmalz j’entendis parler de droit des peuples, et c’était un ennuyeux après-midi d’été, et j’étais assis sur un banc et écoutait de moins en moins – ma tête s’était endormie – mais soudain je fus réveillé par le bruit de mes propres pieds qui étaient restés éveillés et qui avaient vraisemblablement entendu que l’on parlait de tout sauf de droit des peuples et que l’on disputait au sujet de la constitution, et mes pieds, qui avec leur petits yeux de perdrix ont mieux observé le monde que le conseiller privé avec ses grands yeux de Junon, ces pauvres pieds muets, incapables d’exprimer leur opinion inconséquente voulurent se faire comprendre en tambourinant et tambourinèrent si fort qu’il m’arriva presque malheur.

Maudits pieds irréfléchis ! ils me firent un coup semblable lorsque jadis je logeais à Göttingen chez le professeur Saafeld qui, raide et vif, sautait ici et là sur la chaire et s’échauffait pour pouvoir vitupérer bien comme il faut contre l’empereur Napoléon – non, pauvres pieds, je ne peux pas leur tenir rigueur d’avoir tambouriné alors, et je ne vous en aurais pas même tenu rigueur si, dans votre naïveté muette, vous vous étiez exprimés encore plus explicitement. Comment puis-je, moi l’élève de Le Grand, entendre vilipender l’empereur ? L’empereur ! l’empereur ! le grand empereur !

Quand je pense au grand empereur, dans mes souvenirs se fait de nouveau un été vert et or, une longue allée de tilleuls apparaît toute en fleurs, sur les branches feuillues sont perchés des rossignols chantants, la cascade murmure, sur de ronds parterres se dressent des fleurs qui, rêveuses, agitent leurs belles têtes – j’entretenais avec elles un singulier commerce, les tulipes peintes me saluaient avec la fierté dédaigneuse des mendiants, les lis aux nerfs malades me faisaient signe avec une douloureuse tendresse, les roses rouges d’ivresse riaient en m’apercevant de loin, les violettes nocturnes sanglotaient – avec les myrtes et les lauriers je n’avais pas encore fait connaissance, puisqu’ils n’ont pas de floraison éclatante pour attirer le chaland, mais avec les résédas, avec qui je suis maintenant en bien mauvais termes, j’étais particulièrement intime – Je parle du jardin du château de Düsseldorf, où souvent je m’allongeais sur le gazon et écoutais pensivement Monsieur Le Grand raconter l’époque guerrière du grand empereur en jouant la marche qui avait été jouée au tambour pendant ces actions, si bien que je pouvais voir et entendre comment tout prenait vie. Je vis le passage du Simplon – l’empereur devant, et les braves grenadiers escaladant derrière, pendant que des oiseaux effrayés croassaient et que les glaciers au loin tonnaient – je voyais l’empereur, le drapeau au bras, sur le pont de Lodi – je voyais l’empereur en manteau gris à Marengo – je voyais l’empereur à cheval dans la bataille au pied des pyramides – rien que de la poussière et des mameluks – je voyais l’empereur à la bataille d’Austerlitz – aille ! comme les balles sifflaient au dessus de la glace lisse ! – je voyais, j’entendais la bataille d’Iena – dum, dum, dum – je voyais, j’entendais la bataille d’Eylau, Wagram —– non, je n’y tenais plus ! Monsieur Le Grand tambourinait si bien que ma propre peau de tambour en fut presque déchirée.

Traduit par Claire Placial


[1] Les six premiers termes sont issus tout à fait régulièrement de la déclinaison du verbe modèle de la conjugaison hébraïque, katal, à la forme simple pa’al et à forme pi’el.

[2] Ici, écho évident à la « Lorelei » du même Heine (1823) : « Sie kämmt es mit goldenem Kamme/ Und singt ein Lied dabei;/ Das hat eine wundersame,/ Gewaltige Melodei. » (« Elle les peigne avec un peigne d’or/ En chantant une chanson/ qui a une étrange et/ violente mélodie ». Ma traduction.)