Chantier de traduction : autour de H. Heine

L’empereur est mort. Sur une île désolée de l’océan Indien se trouve sa tombe solitaire, et Lui, pour qui la terre était trop petite, gît tranquille sous le petit monticule où cinq saules pleureurs laissent chagrinement pendre leurs verts cheveux et un pieux ruisseau à la douloureuse plainte coule non loin. Il n’y a pas d’inscription sur sa pierre tombale ; mais Clio, avec la plume de la justice, y a écrit des mots invisibles qui à travers les siècles sonneront comme les voix des esprits.

Britannia ! La mer t’appartient. Mais la mer n’a pas assez d’eau pour te laver de la grande honte que le grand mort t’a faite en mourant. Ce n’est pas ton venteux Sir Hudson, non, c’est toi-même qui as été le sbire sicilien soudoyé par les rois conjurés pour faire vengeance secrètement sur l’homme du peuple, chose que le peuple avait jadis accomplie au grand jour sur ses rois – Et il était ton invité et s’était assis auprès de ton foyer –

Jusque dans les temps les plus reculés les garçons français chanteront et raconteront l’effrayante hospitalité du Bellérophon, et quand ces chants de raillerie et de larmes résonneront de l’autre côté de la Manche, alors rougiront les joues de tous les honorables britanniques. Mais un jour ce chant retentira et il n’y aura plus de Britannia, ce peuple de fierté sera jeté à terre, les tombeaux de Westminster seront détruits, la royale poussière qu’ils renferment sera oubliée – et Sainte Hélène sera la tombe sainte où les peuples d’Orient et d’Occident iront en pèlerinage dans des bateaux aux fanions multicolores et fortifieront leur cœur par le grand souvenir des actions du sauveur du monde qui a souffert par Hudson Lowe, comme il est écrit dans les Evangiles de Las Cases, O’Meara et Antommarchi.

C’est singulier ! les trois plus grands adversaires de l’empereur ont déjà rencontré leur épouvantable destin : Londonderry s’est tranché la gorge, Louis XVIII est tombé de son trône, et le Professeur Saalfeld est toujours professeur à Göttingen.

Traduit par Claire Placial