L’Occident (1915)
4ème version
En hommage à Else Lasker-Schüler

1.
Lune, comme si une chose morte
Sortait d’une caverne bleue,
Et nombreuses sont les fleurs
Qui tombent sur le sentier dans les rochers.
Argenté pleure quelque chose de malade
A l’étang du soir,
Sur un navire noir
Moururent des amants au passage.
Ou bien les pas d’Elis
Sonnent à travers le bosquet
De jacinthes,
Vont expirant sous les bouleaux.
O la figure du garçon
Formée de larmes en cristal,
D’ombres nocturnes.
Des foudres dentées illuminent la tempe
Celle qui est toujours fraîche,
Quand à la colline verdoyante
Résonne l’orage printanier.

2
Si silencieuses sont ces forêts vertes
De notre patrie,
L’onde en cristal
Se mourant au mur délabré
Et nous avons pleuré dans notre sommeil ;
Migrant d’un pas hésitant
Le long de la haie de ronces
Chantant en l’été du soir,
Dans le calme sacré
De la vigne s’éteignant au loin ;
Ombres désormais au giron frais
De la nuit, aigles en deuil.
Si silencieusement un rayon lunaire
Ferme les plaies pourpres de la mélancolie.

3
Ô grandes villes,
Bâties en pierre
Sur la plaine !
L’Apatride
Au front sombre suit le vent,
Les arbres dépouillés de la colline
Sans paroles.
Ô fleuves s’étalant dans leur demi-jour
Peur violente
Du crépuscule lugubre
Dans l’assaut des nuages.
Ô peuples mourants !
Onde pâle
Se brisant sur la plage de la nuit,
Chute d’étoiles.

traduit de l’allemand par ©Victoria Weidemann

Abendland
4. Fassung
Else Lasker-Schüler in Verehrung

1
Mond, als träte ein Totes
Aus blauer Höhle,
Und es fallen der Blüten
Viele über den Felsenpfad.
Silbern weint ein Krankes
Am Abendweiher,
Auf schwarzem Kahn
Hinüberstarben Liebende.
Oder es läuten die Schritte
Elis’ durch den Hain
Den hyazinthenen
Wieder verhallend unter Eichen.
O des Knaben Gestalt
Geformt aus kristallenen Tränen,
Nächtigen Schatten.
Zackige Blitze erhellen die Schläfe
Die immerkühle,
Wenn am grünenden Hügel
Frühlingsgewitter ertönt.

2
So leise sind die grünen Wälder
Unsrer Heimat,
Die kristallne Woge
Hinsterbend an verfallner Mauer
Und wir haben im Schlaf geweint;
Wandern mit zögernden Schritten
An der dornigen Hecke hin
Singende im Abendsommer,
In heiliger Ruh
Des fern verstrahlenden Weinbergs;
Schatten nun im kühlen Schoß
Der Nacht, trauernde Adler.
So leise schließt ein mondener Strahl
Die purpurnen Male der Schwermut.

3
Ihr großen Städte
Steinern aufgebaut
In der Ebene!
So sprachlos folgt
Der Heimatlose
Mit dunkler Stirne dem Wind,
Kahlen Bäumen am Hügel.
Ihr weithin dämmernden Ströme!
Gewaltig ängstet
Schaurige Abendröte
Im Sturmgewölk.
Ihr sterbenden Völker!
Bleiche Woge
Zerschellend am Strande der Nacht,
Fallende Sterne.