Chantier de traduction : autour de H. Heine

Voilà un court extrait du Voyage dans le Harz (Die Harzreise) premier texte publié par Heine chez Hoffmann und Campe, puis plus tard inclus dans les Tableaux de voyage. Le récit est un récit de voyage, et une chronique de ses contemporains. La question de l’éducation des enfants et de la formation universitaire est récurrente – entre autres, comme souvent dans les récits de Heine il serait bien illusoire de vouloir déterminer une thématique prédominante, ce qui du reste reviendrait à succomber à la stérile manie classificatrice que refuse le poète.

Les montagnes se firent plus escarpées, les forêts de sapins ondulaient en bas comme une mer verte, et en haut dans le ciel bleu volaient les nuages blancs. Le caractère sauvage de la contrée était atténué à la fois par son unité et sa simplicité. Comme un bon poète, la nature n’aime pas les transitions abruptes. Les nuages, aussi bizarres qu’ils puissent parfois sembler, sont d’un coloris blanc, ou plutôt  tendre, qui correspond au ciel bleu et à la terre verte, si bien que toutes les couleurs d’une contrée se fondent l’une dans l’autre comme une musique sans son, et chaque regard sur la nature apporte l’apaisement des crampes et le réconfort du cœur. Le bienheureux Hoffmann aurait peint les nuages bigarrés. – Comme un grand poète justement, la nature sait aussi avec les moyens les plus congrus produire les effets les plus grands. Il y a seulement un soleil, des arbres, des fleurs, de l’eau et de l’amour. Certes, si ce dernier manque au cœur du spectateur, l’ensemble n’offrira qu’une mauvaise perspective, et alors le soleil fait tant de kilomètres de diamètre, et les arbres sont bons comme bois de chauffe, et les fleurs sont classées d’après leurs étamines, et l’eau mouille.

Un petit garçon, qui cherchait du petit bois dans la forêt pour son oncle malade, me montra le village de Lerbach, dont les petites chaumières aux toits gris s’étendent à travers la vallée sur une demi-heure de route. « Là », dit-il, « habitent des idiots goitreux et des maures blancs », – c’est par cette dernière expression que le peuple désigne les albinos. Le petit garçon avait avec les arbres une connivence particulière ; il les saluait comme de vieilles connaissances, et ils semblaient frémir en réponse à son salut. Il sifflait comme un serin, tout autour les autres oiseaux gazouillants répondaient, et avant que je m’en rende comte il avait bondi dans l’épaisseur de la forêt avec ses pieds nus et son fardeau de petit bois. Les enfants, pensai-je, son plus jeunes que nous, ils se souviennent encore de quand ils étaient eux-mêmes arbre ou oiseau, et ils sont encore capable de les comprendre ; mais les gens comme nous sont déjà trop vieux et ont trop de soucis, de jurisprudence et de mauvais vers dans la tête. Cette époque où tout était différent se rappela vivement à mon souvenir au moment où j’entrai à Clausthal. J’arrivai dans ce gentil village de montagne, que l’on ne voit pas avant d’y être parvenu, juste alors que la cloche sonnait douze heures et que les enfants sortaient jubilants de l’école. Les chers enfants, qui avaient presque tous les joues rouges, les yeux bleus et les cheveux plats, sautaient et exultaient, et éveillèrent en moi le souvenir joyeux et mélancolique de l’époque où moi-même, petit garçon, dans une école catholique conventuelle à Düsseldorf, je n’avais pas le droit de toute la matinée de me lever de mon banc de bois, et devais endurer force latin, coups et géographie, et ensuite jubilais et exultais pareillement lorsque la vieille cloche des franciscains sonnait enfin douze heures. Les enfants virent à ma sacoche que j’étais étranger, et me saluèrent très amicalement. Un des garçons me raconta qu’ils venaient d’avoir cours de religion, et il me montra le caté. roy. de Hanovre d’après lequel on les interroge sur la chrétienté. Ce petit livre était très mal imprimé, et je crains que les articles de foi ne fassent du coup une impression peu réjouissante de buvard sur la sensibilité des enfants, de même qu’il me déplût terriblement de voir que la table de 1, qui est pourtant inconciliable avec la sainte doctrine de la trinité, ce qui est préoccupant, était imprimée dans ce même catéchisme, en l’occurrence sur la quatrième de couverture, et les enfants sont de cette façon exposés de bonne heure au péché du doute. C’est là qu’en Prusse nous somme plus malins, et dans notre zèle pour convertir ces gens qui s’y entendent si bien à compter, nous nous gardons bien de faire imprimer la table de 1 au dos des catéchismes.

Traduit par Claire Placial

Die Berge wurden hier noch steiler, die Tannenwälder wogten unten wie ein grünes Meer, und am blauen Himmel oben schifften die weißen Wolken. Die Wildheit der Gegend war durch ihre Einheit und Einfachheit gleichsam gezähmt. Wie ein guter Dichter, liebt die Natur keine schroffen Übergänge. Die Wolken, so bizarr gestaltet sie auch zuweilen erscheinen, tragen ein weißes, oder doch ein mildes, mit dem blauen Himmel und der grünen Erde harmonisch korrespondierendes Kolorit, so daß alle Farben einer Gegend wie leise Musik ineinanderschmelzen, und jeder Naturanblick krampfstillend und gemütberuhigend wirkt. – Der selige Hoffmann würde die Wolken buntscheckig bemalt haben. – Eben wie ein großer Dichter, weiß die Natur auch mit den wenigsten Mitteln die größten Effekte hervorzubringen. Da sind nur eine Sonne, Bäume, Blumen, Wasser und Liebe. Freilich, fehlt letztere im Herzen des Beschauers, so mag das Ganze wohl einen schlechten Anblick gewähren, und die Sonne hat dann bloß soundsoviel Meilen im Durchmesser, und die Bäume sind gut zum Einheizen, und die Blumen werden nach den Staubfäden klassifiziert, und das Wasser ist naß.

Ein kleiner Junge, der für seinen kranken Oheim im Walde Reisig suchte, zeigte mir das Dorf Lerbach, dessen kleine Hütten, mit grauen Dächern, sich über eine halbe Stunde durch das Tal hinziehen. « Dort », sagte er, « wohnen dumme Kropfleute und weiße Mohren », – mit letzterem Namen werden die Albinos vom Volke benannt. Der kleine Junge stand mit den Bäumen in gar eigenem Einverständnis; er grüßte sie wie gute Bekannte, und sie schienen rauschend seinen Gruß zu erwidern. Er pfiff wie ein Zeisig, ringsum antworteten zwitschernd die andern Vögel, und ehe ich mich dessen versah, war er mit seinen nackten Füßchen und seinem Bündel Reisig ins Walddickicht fortgesprungen. Die Kinder, dacht ich, sind jünger als wir, können sich noch erinnern, wie sie ebenfalls Bäume oder Vögel waren, und sind also noch imstande, dieselben zu verstehen; unsereins aber ist schon alt und hat zu viel Sorgen, Jurisprudenz und schlechte Verse im Kopf. Jene Zeit, wo es anders war, trat mir bei meinem Eintritt in Clausthal wieder recht lebhaft ins Gedächtnis. In dieses nette Bergstädtchen, welches man nicht früher erblickt, als bis man davorsteht, gelangte ich, als eben die Glocke zwölf schlug und die Kinder jubelnd aus der Schule kamen. Die lieben Knaben, fast alle rotbäckig, blauäugig und flachshaarig, sprangen und jauchzten, und weckten in mir die wehmütig heitere Erinnerung, wie ich einst selbst, als ein kleines Bübchen, in einer dumpfkatholischen Klosterschule zu Düsseldorf den ganzen lieben Vormittag von der hölzernen Bank nicht aufstehen durfte, und so viel Latein, Prügel und Geographie ausstehen mußte, und dann ebenfalls unmäßig jauchzte und jubelte, wenn die alte Franziskanerglocke endlich zwölf schlug. Die Kinder sahen an meinem Ranzen, daß ich ein Fremder sei, und grüßten mich recht gastfreundlich. Einer der Knaben erzählte mir, sie hätten eben Religionsunterricht gehabt, und er zeigte mir den Königl. Hannöv. Katechismus, nach welchem man ihnen das Christentum abfragt. Dieses Büchlein war sehr schlecht gedruckt, und ich fürchte, die Glaubenslehren machen dadurch schon gleich einen unerfreulich löschpapierigen Eindruck auf die Gemüter der Kinder; wie es mir denn auch erschrecklich mißfiel, daß das Einmaleins, welches doch mit der heiligen Dreiheitslehre bedenklich kollidiert, im Katechismus selbst, und zwar auf dem letzten Blatte desselben, abgedruckt ist, und die Kinder dadurch schon frühzeitig zu sündhaften Zweifeln verleitet werden können. Da sind wir im Preußischen viel klüger, und bei unserem Eifer zur Bekehrung jener Leute, die sich so gut aufs Rechnen verstehen, hüten wir uns wohl, das Einmaleins hinter dem Katechismus abdrucken zu lassen.