Chantier de traduction : autour de H. Heine

Adam der erste  est publié en 1844, dans le recueil Neue Gedichte (Nouveaux poèmes). Depuis douze ans Heine vit en exil à Paris. L’intertexte biblique est évident ; cette énième relecture de la chute et de l’expulsion du paradis est sans doute à comprendre, entre autres, dans la perspective de l’exil du poète, dû aussi bien à la censure subie par le poète, qu’à sa condition difficile de Juif converti au protestantisme, le baptême n’ayant pas pour autant permis à Heine d’accéder à une pleine intégration dans la société allemande.

Adam premier

Tu as envoyé, avec l’épée de flamme,
Le gendarme céleste
Et tu me chasses du paradis,
Sans justice et sans pitié !

Je m’en vais, avec ma femme
Vers d’autres pays terrestres ;
Mais, que j’aie goûté au fruit de la connaissance,
Tu ne peux plus rien y faire.

Tu ne peux plus rien y faire, si je sais
Combien tu es petit et nul,
Et à quel point tu te donnes de l’importance
Grâce à la mort et au tonnerre.

Oh Dieu ! comme il est infâme, ce
Consilium abeundi !
Voilà ce que j’appelle un magnificus
du monde et un lumen mundi !

Ils ne me manqueront jamais
Les espaces paradisiaques ;
Ce n’était pas un vrai paradis –
On y trouvait des arbres interdits.

Je veux jouir d’un plein droit à la liberté !
Si j’y trouve la plus petite limite,
Le paradis pour moi se transforme
En enfer et en prison.

Traduit par Claire Placial

Adam der erste

Du schicktest mit dem Flammenschwert
Den himmlischen Gendarmen,
Und jagst mich aus dem Paradies,
Ganz ohne Recht und Erbarmen!

Ich ziehe fort mit meiner Frau
Nach andren Erdenländern;
doch daß ich genossen des Wissens Frucht,
Das kannst du nicht mehr ändern.

Du kannst nicht ändern, daß ich weiß
Wie sehr du klein und nichtig,
Und machst du dich auch noch so sehr
Durch Tod und Donnern wichtig.

O Gott! wie erbärmlich ist doch dies
Consilium-abeundi!
Das nenne ich einen Magnifikus
Der Welt, ein Lumen-Mundi!

Vermissen werde ich nimmermehr
Die paradiesischen Räume;
Das war kein wahres Paradies –
Es gab dort verbotene Bäume.

Ich will mein volles Freiheitsrecht!
Find ich die g’ringste Beschränknis,
Verwandelt sich mir das Paradies
In Hölle und Gefängnis.