Chantier de traduction : autour de H. Heine

Le Mai est là avec ses lumières dorées
Et ses brises soyeuses et ses parfums d’épices,
Et aimable il séduit avec les blancs pétales,
Et salue de ses mille yeux bleus de violettes,
Et déroule le vert tapis du royaume des fleurs,
Qu’ont tissé les rayons du soleil et la rosée du matin,
Et appelle à lui les chers enfants des hommes.
Le peuple sot répond au premier appel.
Les hommes enfilent des pantalons de nankin
Et leur veste du dimanche avec des boutons dorés ;
Les femmes revêtent le blanc de l’innocence ;
Les jeunes gens frisent leur printanière moustache ;
Les jeunes filles laissent s’agiter leur poitrine ;
Les poètes de la ville fourrent dans leur poche
Du papier, un crayon, une lorgnette ; — et jubilante
La masse en marche se déplace vers les portes de la ville,
Et s’étend dehors sur le vert gazon,
Admire comme les arbres poussent avec application,
Joue avec les tendres fleurettes bariolées,
Ecoute le chant du joyeux oiselet,
Et fait monter sa joie vers la tente bleue du ciel.
Chez moi aussi le Mai est arrivé. Il a frappé trois fois
À ma porte et s’est écrié : Je suis le Mai,
Eh, toi, pâle rêveur, viens, je veux t’embrasser !
J’ai verrouillé ma porte, et me suis écrié :
C’est en vain que tu veux me séduire, importun invité.
Je t’ai bien observé, j’ai bien observé
L’agencement du monde, et ai trop observé,
Et trop profond, et c’en est fini de toute joie,
Et d’éternels tourments ont pris mon cœur d’assaut.
J’observe par les œils de bœuf de pierre dure
Dans les maisons des hommes et dans le cœur des hommes,
Et vois dans les deux mensonge, trahison et misère.
Sur les visages je lis les pensées,
Nombreuses et déplorables. Dans les rougeurs pudiques de la vierge
Je vois trembler de désir la secrète luxure ;
Dans la fière tête du jeune homme enthousiaste
Je vois, bigarrée, rigolarde, la marotte de fou ;
Et je ne vois que tableaux grimaçants, ombres délitées
Sur cette terre, et je ne sais pas
Si elle est asile de fous, ou asile de malades.
Je vois à travers le sol de la vieille terre
Comme si elle était de cristal, et je vois l’épouvante
Qu’en vain, par sa joyeuse verdure,
Le Mai tente de cacher. Je vois les morts ;
Ils gisent en bas dans leurs étroits cercueils,
La main recroquevillée et les yeux ouverts,
Blanc le linceul et blanc le visage,
Et dans leurs lèvres rampent des vers jaunes.
Je vois comme le fils va avec son épouse
S’asseoir pour tuer le temps sur la tombe de son père ; —
Les rossignols des alentours chantent pour les railler ; —
Les douces blanches fleurs des prés rient, hargneuses ; —
Le père mort s’agite dans sa tombe
Et douloureusement fait frémir la vieille mère terre.
Oh pauvre terre, je connais tes douleurs !
Je vois la braise enfouie en ton sein,
Et tes mille veines, je les fois saigner,
Et je vois comment bée, déchirée, ta blessure,
Et sauvages se déversent flamme et fumée et sang.
Je vois, entêtés, tes fils les géants,
Brutes très anciennes, surgir hors de sombres gosiers,
Et brandir à la main de rouges flambeaux ; —
Ils posent leurs échelles de fer,
Et se pressent sauvages de monter vers les fêtes célestes ; —
Et de noirs nains grimpent derrière eux ; — et crépitantes
Se dispersent en haut toutes les étoiles d’or.
D’une insolente main on arrache le rideau d’or
De la tente divine, en geignant dégringolent,
À leur vue, les foules pieuses des anges.
Sur son trône est assis le Dieu pâle,
Il arrache de sa tête la couronne, défait sa chevelure –
Et toujours plus proche la sauvage horde le presse.
Les géants jettent leurs rouges flambeaux
Dans le vaste empire céleste, les nains frappent
Des fouets de feu le dos des anges ; —
Ils se tordent et se courbent de douleur,
Et sont empoignés et jetés par les cheveux ; —
Et mon ange à moi, je l’y vois aussi,
Avec ses boucles blondes, ses doux traits,
Et avec autour de la bouche l’amour éternel,
Et avec dans l’œil bleu la béatitude –
Et un noir lutin, effroyablement laid
Le jette à terre, mon ange pâle,
Lorgne ricanant ses nobles membres,
L’enserre étroitement d’un tendre enserrement –
Et retentit et résonne un cri dans tout l’univers,
Les colonnes se brisent, la terre et le ciel ensemble
S’effondrent, et règne l’ancienne nuit.

Traduit par Claire Placial

Der Mai ist da mit seinen goldnen Lichtern
Und seidnen Lüften und gewürzten Düften,
Und freundlich lockt er mit den weißen Blüten,
Und grüßt aus tausend blauen Veilchenaugen,
Und breitet aus den blumreich grünen Teppich,
Durchwebt mit Sonnenschein und Morgentau,
Und ruft herbei die lieben Menschenkinder.
Das blöde Volk gehorcht dem ersten Ruf.
Die Männer ziehn die Nankinhosen an
Und Sonntagsröck mit goldnen Spiegelknöpfen;
Die Frauen kleiden sich in Unschuldweiß;
Jünglinge kräuseln sich den Frühlingsschnurrbart;
Jungfrauen lassen ihre Busen wallen;
Die Stadtpoeten stecken in die Tasche
Papier und Bleistift und Lorgnett; — und jubelnd
Zieht nach dem Tor die krausbewegte Schar,
Und lagert draußen sich auf grünem Rasen,
Bewundert, wie die Bäume fleißig wachsen,
Spielt mit den bunten, zarten Blümelein,
Horcht auf den Sang der lustgen Vögelein,
Und jauchzt hinauf zum blauen Himmelszelt.
Zu mir kam auch der Mai. Er klopfte dreimal
An meine Tür und rief: Ich bin der Mai,
Du bleicher Träumer, komm, ich will dich küssen!
Ich hielt verriegelt meine Tür, und rief:
Vergebens lockst du mich, du schlimmer Gast.
Ich habe dich durchschaut, ich hab durchschaut
Den Bau der Welt, und hab zu viel geschaut,
Und viel zu tief, und hin ist alle Freude,
Und ewge Qualen zogen in mein Herz.
Ich schaue durch die steinern harten Rinden
Der Menschenhäuser und der Menschenherzen,
Und schau in beiden Lug und Trug und Elend.
Auf den Gesichtern les ich die Gedanken,
Viel schlimme. In der Jungfrau Schamerröten
Seh ich geheime Lust begehrlich zittern;
Auf dem begeistert stolzen Jünglingshaupt
Seh ich die lachend bunte Schellenkappe;
Und Fratzenbilder nur und sieche Schatten
Seh ich auf dieser Erde, und ich weiß nicht,
Ist sie ein Tollhaus oder Krankenhaus.
Ich sehe durch den Grund der alten Erde,
Als sei sie von Kristall, und seh das Grausen,
Das mit dem freudgen Grüne zu bedecken
Der Mai vergeblich strebt. Ich seh die Toten;
Sie liegen unten in den schmalen Särgen,
Die Händ gefaltet und die Augen offen,
Weiß das Gewand und weiß das Angesicht,
Und durch die Lippen kriechen gelbe Würmer.
Ich seh, der Sohn setzt sich mit seiner Buhle
Zur Kurzweil nieder auf des Vaters Grab; —
Spottlieder singen rings die Nachtigallen; —
Die sanften Wiesenblümchen lachen hämisch; —
Der tote Vater regt sich in dem Grab; —
Und schmerzhaft zuckt die alte Mutter Erde.
Du arme Erde, deine Schmerzen kenn ich!
Ich seh die Glut in deinem Busen wühlen,
Und deine tausend Adern seh ich bluten,
Und seh, wie deine Wunde klaffend aufreißt,
Und wild hervorströmt Flamm und Rauch und Blut.
Ich sehe deine trotzgen Riesensöhne,
Uralte Brut, aus dunkeln Schlünden steigend,
Und rote Fackeln in den Händen schwingend; —
Sie legen ihre Eisenleiter an,
Und stürmen wild hinauf zur Himmelsfeste; —
Und schwarze Zwerge klettern nach; — und knisternd
Zerstieben droben alle goldnen Sterne.
Mit frecher Hand reißt man den goldnen Vorhang
Vom Zelte Gottes, heulend stürzen nieder,
Aufs Angesicht, die frommen Engelscharen.
Auf seinem Throne sitzt der bleiche Gott,
Reißt sich vom Haupt die Kron, zerrauft sein Haar —
Und näher drängt heran die wilde Rotte.
Die Riesen werfen ihre roten Fackeln
Ins weite Himmelreich, die Zwerge schlagen
Mit Flammengeißeln auf der Englein Rücken; —
Die winden sich und krümmen sich vor Qualen,
Und werden bei den Haaren fortgeschleudert; —
Und meinen eignen Engel seh ich dort,
Mit seinen blonden Locken, süßen Zügen,
Und mit der ewgen Liebe um den Mund,
Und mit der Seligkeit im blauen Auge —
Und ein entsetzlich häßlich schwarzer Kobold
Reißt ihn vom Boden, meinen bleichen Engel,
Beäugelt grinsend seine edlen Glieder,
Umschlingt ihn fest mit zärtlicher Umschlingung —
Und gellend dröhnt ein Schrei durchs ganze Weltall,
Die Säulen brechen, Erd und Himmel stürzen
Zusammen, und es herrscht die alte Nacht.