SONNET : L’INCERTAIN COMBAT

Au loin chargea la horde, dans une tempête de grêle
Percée d’un éclair bleu-acier. Projeté par le vent
Dans leurs tympans depuis l’arrière de la colline
S’approcha des trompettes, en détonations croissantes,
Le son effarouché, depuis le camp ennemi, invisible. –
Dans le ciel à travers un trou noir, brutal, scrutait
L’œil de la lune, blême d’effroi. De l’autre côté du marais
Cinq corbeaux voletaient ; puis la tempête disparut
Peu après, comme eux, dans cette fosse
Du Silence qui patiente avant de consumer enfin
Jusqu’à ce fanfaron de Monde, lui-même…
La chandelle dans la grotte de l’ermite s’est éteinte
À l’aube, comme d’habitude. – Personne n’a jamais
Redescendu la colline, pour dire quel camp avait perdu.

Traduit de l’anglais par © M. Durisotti

SONNET : THE UNCERTAIN BATTLE

Away the horde rode, in a storm of hail
And steel-blue lightning. Hurtled by the wind
Into their eardrums from beind* the hill
Came in increasing bursts the startled sound
Of trumpets in the unseen hostile camp. –
Down through a raw black hole in heaven stared
The horror-blanched moon’s eye. Across the swamp
Five ravens flapped; and the storm disappeared
Soon afterwards, like them, into that pit
Of Silence which lies waiting to consume
Even the braggart World itself at last…
The candle in the hermit’s cave burned out
At dawn, as usual. – No one ever came
Back down the hill, to say which side had lost.

* On lit en effet « beind » dans l’édition des Selected Poems de David Gascoyne (London: Enitharmon, 1994) : soit il s’agit d’une coquille, soit les éditeurs ont reproduit la graphie erronée de Gascoyne. De toute évidence il ne peut s’agir que de la préposition « behind ». – Nous ne pouvons nous empêcher de penser à Baudelaire, « Les violons vibrant derrière les collines »…