L’un des trois manuscrits, l’autographe, porte comme titre : « On religious memory of Mrs Catharine Thomason my Christian friend deceased 16 December 1646 » – il est possible que la date indiquée soit en réalité celle de composition, puisque les registres de la paroisse indiquent que la défunte fut enterrée le 12 décembre.

SONNET 14

Quand la foi et l’amour, qui ne t’ont jamais désertée,
Eurent mûri ton âme juste au point qu’elle pût aller avec Dieu,
C’est docilement que tu renonças au terrestre fardeau
De mort, qu’on nomme vie ; qui de la vie nous sépare.°
Tes œuvres, tes aumônes, tout ton effort de bonté,
Ne restèrent pas en arrière, la tombe ne les piétina pas ;
Mais suivant la foi qui de son bâton d’or l’indiqua,
Ils t’accompagnèrent jusqu’à la joie et l’éternelle béatitude.
L’amour les conduisit, et la foi, qui les a le mieux connus,
Tes servantes, et les revêtirent de rayons pourpres
Et d’ailes azurées, afin qu’ainsi parés ils s’envolent,
Et parlent de toi en vérité en de glorieuses strophes
Au pied du juge, qui sans tarder t’accorda le repos
Et de boire ton content de pures ondes immortelles.

Traduit de l’anglais par © Maxime Durisotti

° L’édition Oxford propose en note que la seconde mention du mot « vie » dans le vers désigne la vie éternelle. Comme une fulgurance baroque, en somme.

SONNET 14

When faith and love which parted from thee never,
   Had ripened thy just soul to dwell with God,
   Meekly thou didst resign this earthy load
   Of death, called life; which us from life doth sever
Thy works and alms and all thy good endeavour
   Staid not behind, nor in the grave were trod;
   But as faith pointed with her golden rod,
   Followed thee up to joy and bliss for ever.
Love led them on, and faith who knew them best
   Thy handmaids, clad them o’er with purple beams
   And azure wings, that up they flew so dressed,
And speak the truth of thee on glorious themes
   Before the judge, who thenceforth bid thee rest
   And drink thy fill of pure immortal streams.