Le sonnet suivant fut écrit par Milton après que le Duc de Savoie eut ordonné, en 1655, les sanglants massacres des fidèles de l’Eglise vaudoise, événement resté dans les mémoires sous le nom de « Pâques vaudoises ».

SONNET 15
Sur le récent massacre en Piémont

Venge, O Seigneur, tes élus massacrés, dont les os
Gisent épars sur les flancs glacés des Alpes,
Et ceux qui depuis toujours ont gardé intacte leur foi
Quand nos pères vénéraient tous des bâtons et des pierres°,
Ne les oublie pas : recueille dans ton livre° leurs gémissements
Eux qui furent tes brebis et dans leur centenaire enclos
Abattus par les sanglants Piémontais qui firent dévaler
La mère et son enfant jusqu’en bas des rochers. Leurs plaintes,
Les vallons les ont renvoyées aux collines, puis celles-ci
Au Ciel. Le sang et la cendre des martyrs, sème-les
Par tous les champs d’Italie°, où règne toujours
Le triple Tyran° : afin que cent fois plus nombreux
Ils en renaissent, alors instruits de tes voies ceux-ci
Plus tôt pourront fuir Babylone et ses malheurs.

Traduit de l’anglais par © Maxime Durisotti

° « stocks and stones » : l’expression désigne idiomatiquement les fausses idoles, de bois ou de pierre.
° « ton livre » : le livre du jugement.
° Cf. « Le sang des martyrs est la semence des chrétiens. » Tertullien.
° « triple tyran » : le Pape, dont la tiare est composée d’une triple couronne.

Sonnet 15
On the Late Massacre in Piedmont

Avenge O Lord thy slaughtered saints, whose bones
   Lie scattered on the Alpine mountains cold,
   Even them who kept thy truth so pure of old
   When all our fathers worshipped stocks and stones,
Forget not : in thy book record their groans
   Who were thy sheep and in their ancient fold
   Slain by the bloody Piedmontese that rolled
   Mother with infant down the rocks. Their moans
The vales redoubled to the hills, and they
   To heaven. Their martyred blood and ashes sow
   O’er all the Italian fields where still doth sway
The triple tyrant : that from these may grow
   A hundredfold, who having learnt thy way
   Early may fly the Babylonian woe.

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