Autour de Dino Campana

Pour lire le début du poème, § 1-3, se reporter à mon post précédent.

LA NUIT (§ 4-5)

Il fut secoué par une porte qui s’ouvrit en grand. Des vieillards, des formes obliques ossues et muettes, s’amassaient en se poussant de leurs coudes perforants, terribles dans la grande lumière. Devant la face barbue d’un frère qui sortait de l’embrasure d’une porte ils s’arrêtaient en une révérence trépidante servile, s’éloignaient en rampant et en murmurant, se relevaient peu à peu, traînant un à un leurs ombres au long des murs rougeâtres et décrépits, tous semblables à l’ombre. Une femme au pas oscillant et au rire inconscient ralliait et fermait le cortège.

***

Rampaient leurs ombres au long des murs rougeâtres et décrépits : lui suivait, automate. Il adressa à la femme un mot qui tomba dans le silence de midi : un vieillard se retourna pour le regarder d’un regard absurde luisant et vide. Et la femme souriait toujours d’un sourire mou dans l’aridité méridienne, hébétée et seule dans la lumière catastrophique.

Dino Campana,extrait des Canti Orfici, traduit par Irène Gayraud.

LA NOTTE (§ 4-5)

Fu scosso da una porta che si spalancò. Dei vecchi, delle forme oblique ossute e mute, si accalcavano spingendosi coi gomiti perforanti, terribili nella gran luce. Davanti alla faccia barbuta di un frate che sporgeva dal vano di una porta sostavano in un inchino trepidante servile, strisciavano via mormorando, rialzandosi poco a poco, trascinando uno ad uno le loro ombre lungo i muri rossastri e scalcinati, tutti simili ad ombra. Una donna dal passo dondolante e dal riso incosciente si univa e chiudeva il corteo.

***

Strisciavano le loro ombre lungo i muri rossastri e scalcinati: egli seguiva, autòma. Diresse alla donna una parola che cadde nel silenzio del meriggio: un vecchio si voltò a guardarlo con uno sguardo assurdo lucente e vuoto. E la donna sorrideva sempre di un sorriso molle nell’aridità meridiana, ebete e sola nella luce catastrofica.