Autour de Dino Campana

Pour lire le début du poème, se reporter aux § 1-3, puis aux § 4-5.

LA NUIT (§ 6-7)

Je ne sus jamais comment, en longeant des canaux engourdis, je revis mon ombre qui me raillait au fond. Elle m’accompagna par des routes malodorantes où les femmes chantaient dans la chaleur. Aux confins de la campagne une porte incisée de coups, gardée par une jeune femme en robe rose, pâle et grasse, l’attira : j’entrai. Une antique et opulente matrone, au profil de mouton, avec de noirs cheveux agilement torsadés sur la tête sculpturale barbarement décorée de l’œil liquide comme d’une gemme noire aux facettes bizarres était assise, agitée de grâces infantiles qui renaissaient avec l’espérance, elle tirait d’un jeu de cartes longues et graisseuses d’étranges théories de reines languissantes rois valets armes et chevaliers. Je saluai et une voix conventuelle, profonde et mélodramatique me répondit avec un gracieux sourire ridé. Je distinguai dans l’ombre la servante qui dormait la bouche à demi ouverte, râlant d’un sommeil pesant, demi-nu le beau corps agile et ambré. Je m’assis doucement.

***

La longue théorie de ses amours défilait monotone à mes oreilles. D’antiques portraits de famille étaient dispersés sur la table graisseuse. L’agile forme de femme à la peau ambrée allongée sur le lit écoutait curieusement, appuyée sur les coudes comme une Sphinge : dehors les jardins très verts entre les murs rougeoyants : nous trois seuls vivants dans le silence méridien.

Dino Campana, extrait des Canti Orfici, traduit par Irène Gayraud.

LA NOTTE (§ 6-7)

Non seppi mai come, costeggiando torpidi canali, rividi la mia ombra che mi derideva nel fondo. Mi accompagnò per strade male odoranti dove le femmine cantavano nella caldura. Ai confini della campagna una porta incisa di colpi, guardata da una giovine femmina in veste rosa, pallida e grassa, la attrasse: entrai. Una antica e opulente matrona, dal profilo di montone, coi neri capelli agilmente attorti sulla testa sculturale barbaramente decorata dall’occhio liquido come da una gemma nera dagli sfaccettamenti bizzarri sedeva, agitata da grazie infantili che rinasce vano colla speranza traendo essa da un mazzo di carte lunghe e untuose strane teorie di regine languenti re fanti armi e cavalieri. Salutai e una voce conventuale, profonda e melodrammatica mi rispose insieme ad un grazioso sorriso aggrinzito. Distinsi nell’ombra l’ancella che dormiva colla bocca semiaperta, rantolante di un sonno pesante, seminudo il bel corpo agile e ambrato. Sedetti piano.

***

La lunga teoria dei suoi amori sfilava monotona ai miei orecchi. Antichi ritratti di famiglia erano sparsi sul tavolo untuoso. L’agile forma di donna dalla pelle ambrata stesa sul letto ascoltava curiosamente, poggiata sui gomiti come una Sfinge: fuori gli orti verdissimi tra i muri rosseggianti: noi soli tre vivi nel silenzio meridiano.