Autour de Dino Campana

Le début du poème est disponible ici : § 1-3, § 4-5, § 6-7, § 8-9, § 10-12.

LA NUIT (§ 13)

J’étais sous l’ombre des portiques perlée de gouttes et de gouttes de lumière sanguine dans le brouillard d’une nuit de décembre. Tout à coup une porte s’était ouverte dans un faste de lumière. Au fond en avant posait dans le faste d’une ottomane rouge le coude soutenant la tête, s’appuyait le coude soutenant la tête une matrone, les yeux bruns vifs, les mamelles énormes : à côté une très jeune fille agenouillée, ambrée et fine, les cheveux coupés net sur le front, avec une grâce juvénile, les jambes lisses et nues hors de la légère robe éblouissante : et au-dessus d’elle sur la matrone pensive en ses yeux jeunes une draperie, une draperie blanche de dentelle, une draperie qui semblait agiter des images, des images au-dessus d’elle, des images candides au-dessus d’elle pensive en ses yeux jeunes. Lancé d’un coup à la lumière depuis l’ombre des portiques perlée de gouttes et de gouttes de lumière sanguine je fixais de très près, ébahi, la grâce symbolique et aventureuse de cette scène. Déjà il était tard, nous fûmes seuls et entre nous naquît une intimité libre et la matrone aux yeux jeunes appuyée avec en fond la mobile draperie de dentelle parla. Sa vie était un long péché : la luxure. La luxure mais pleine encore pour elle de curiosités inaccessibles. « La femelle le picotait tant de baisers du côté droit : du côté droit, pourquoi ? Puis le pigeon mâle restait dessus immobile ? Dix minutes, pourquoi ? » Les questions restaient encore sans réponse, alors elle poussée par la nostalgie se rappelait se rappelait longuement le passé. Jusqu’à ce que la conversation se fût alanguie, la voix s’était tue alentour, le mystère de la volupté avait revêtu celle qui le réévoquait. Bouleversé, les larmes aux yeux moi face à la draperie blanche de dentelle je suivais je suivais encore des songeries blanches. La voix s’était tue alentour. La maquerelle avait disparu. La voix s’était tue. Certainement je l’avais entendue passer dans un effleurement silencieux déchirant. Devant la draperie froissée de dentelle la très jeune fille posait encore sur ses genoux ambrés, pliés pliés avec une grâce de cinède.

Dino Campana, extrait des Canti Orfici, traduit par Irène Gayraud.


LA NOTTE (§ 13)

Ero sotto l’ombra dei portici stillata di goccie e goccie di luce sanguigna ne la nebbia di una notte di dicembre. A un tratto una porta si era aperta in uno sfarzo di luce. In fondo avanti posava nello sfarzo di un’ottomana rossa il gomito reggendo la testa, poggiava il gomito reggendo la testa una matrona, gli occhi bruni vivaci, le mammelle enormi: accanto una fanciulla inginocchiata, ambrata e fine, i capelli recisi sulla fronte, con grazia giovanile, le gambe lisce e ignude dalla vestaglia smagliante: e sopra di lei, sulla matrona pensierosa negli occhi giovani una tenda, una tenda bianca di trina, una tenda che sembrava agitare delle immagini, delle immagini sopra di lei, delle immagini candide sopra di lei pensierosa negli occhi giovani. Sbattuto a la luce dall’ombra dei portici stillata di gocce e gocce di luce sanguigna io fissavo astretto attonito la grazia simbolica e avventurosa di quella scena. Già era tardi, fummo soli e tra noi nacque una intimità libera e la matrona dagli occhi giovani poggiata per sfondo la mobile tenda di trina parlò. La sua vita era un lungo peccato: la lussuria. La lussuria ma tutta piena ancora per lei di curiosità irraggiungibili. «La femmina lo picchiettava tanto di baci da destra: da destra perché? Poi il piccione maschio restava sopra, immobile?, dieci minuti, perché?» Le domande restavano ancora senza risposta, allora lei spinta dalla nostalgia ricordava ricordava a lungo il passato. Fin che la conversazione si era illanguidita, la voce era taciuta intorno, il mistero della voluttà aveva rivestito colei che lo rievocava. Sconvolto, le lagrime agli occhi io in faccia alla tenda bianca di trina seguivo seguivo ancora delle fantasie bianche. La voce era taciuta intorno. La ruffiana era sparita. La voce era taciuta. Certo l’avevo sentita passare con uno sfioramento silenzioso struggente. Avanti alla tenda gualcita di trina la fanciulla posava ancora sulle ginocchia ambrate, piegate piegate con grazia di cinedo.

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