SONNET 9

Madame, qui au printemps de votre tendre jeunesse,
Avez sagement évité la voie large et verdoyante,
Et que l’on remarque bien parmi les quelques-unes
Qui gravissent à grand peine le flanc de la vérité céleste ;
La meilleure moitié, où sont Marie et Ruth,
Vous l’avez préférée, et ceux qui sont présomptueux,
Et qui voyant croître vos vertus ont la rate irritée,
Ne trouvent en vous nulle animosité, mais pitié et compassion.
Votre scrupule est arrêté, et plein de zèle s’apprête
A remplir la lampe odorante d’actes de lumière,
Et de l’espérance, qui ne récolte pas la honte. Aussi, soyez sûre
Que quand le promis, suivi de ses amis festoyant,
Viendra vous réjouir à l’heure médiane de la nuit,
Vous aurez obtenu le droit d’entrer, vierge sage et pure.

traduit de l’anglais par ©Maxime Durisotti

SONNET 9

Lady, that in the prime of earliest youth
   Wisely hast shunned the broad way and the green,
   And with those few art eminently seen,
   That labour up the hill of heavenly truth,
The better part with Mary and with Ruth,
   Chosen thou hast, and they that overween,
   And at thy growing virtues fret their spleen,
   No anger find in thee, but pity and ruth.
Thy care is fixed, and zealously attends
   To fill thy odorous lamp with deeds of light.
   And hope that reaps not shame. Therefore be sure,
Thou, when the bridegroom with his feastful friends
   Passes to bliss at the mid-hour of night,
   Hast gained thy entrance, virgin wise and pure.