Cyriack Skinner était le petit-fils d’Edward Coke, grand juriste de l’époque élisabéthaine ; il fut un étudiant de Milton et devint un ami proche.

A M. CYRIACK SKINNER, À PROPOS DE SA CÉCITÉ

Cyriack, ce jour long de trois ans ces yeux, bien qu’intacts,
A un regard extérieur, de toute imperfection ou tache,
Privés de lumière ne se souviennent plus de la vue,
Et à leurs globes vains ne se laissent plus voir
Le soleil ou la lune ou l’étoile de toute l’année,
Ni d’homme ou de femme. Pourtant je ne conteste pas
La main du Ciel ni son vouloir, ni n’altère en rien
Mon courage et mon espérance ; mais je tiens bon et garde
Le cap, droit devant. Ce qui me soutient, demandes-tu ?
La conscience, mon ami, de les avoir perdus à trop
Les employer en défendant la liberté, ma noble tâche,
Qui fait parler toute l’Europe de part en part.
Ce qui pourrait, dans la vaine comédie du monde, me laisser
Satisfait, bien qu’aveugle, si je n’avais de meilleur guide.

Traduit de l’anglais par © Maxime Durisotti

TO MR CYRIACK SKINNER UPON HIS BLINDNESS

Cyriack, this three years’ day these eyes, though clear
   To outward view, of blemish or of spot,
   Bereft of light their seeing have forgot,
   Nor to their idle orbs doth sight appear
Of sun or moon or star throughout the year,
   Or man or woman. Yet I argue not
   Against heaven’s hand or will, nor bate a jot
   Of heart or hope ; but still bear up and steer
Right onward. What supports me, dost thou ask ?
   The conscience, friend, to have lost them overplied
   In liberty’s defence, my noble task,
Of which all Europe talks from side to side.
   This thought might lead me through the world’s vain mask
   Content though blind, had I no better guide.