Chantier de traduction : autour de W. Wordsworth

Composé, comme son titre l’indique, en 1802, ce poème exprime la tristesse de Wordsworth lors de son retour de France – qu’il a notamment traversée dans la foulée immédiate de la Révolution. On remarquera que la déploration sociale et politique est absorbée, et même compensée, par l’invocation d’un poète, la proclamation d’un nom, l’élection d’une personnalité. Ce qui en dit long sur le rapport de Wordsworth à la tradition, à Milton en particulier, et sur son sentiment que la poésie peut, doit remplir une fonction de gouvernance morale.

LONDRES. 1802

Milton ! que n’es-tu à cette heure encore vivant :
L’Angleterre a besoin de toi : c’est un marais
D’eaux stagnantes : l’autel, l’épée et la plume,
L’âtre, et l’héroïque trésor de la galerie et du bosquet
Sont dénués de l’ancienne dotation anglaise
Du bonheur intérieur. Nous sommes des égoïstes ;
Oh ! réveille-nous ! de nouveau viens à nous ;
Et donne-nous une conduite, et vertu, liberté, pouvoir.
Ton âme était comme une étoile et demeurait à part :
Tu avais une voix sonore autant que la mer ;
Pur autant que les cieux dénudés, majestueux, libre,
Ainsi as-tu cheminé sur l’ordinaire chemin de la vie,
Avec une piété enthousiasmante ; et pourtant ton cœur
Lui-même s’est chargé des plus humbles devoirs.

Traduit de l’anglais par © Maxime Durisotti

LONDON. 1802

Milton! thou shouldst be living at this hour:
England hath need of thee: she is a fen
Of stagnant waters: altar, sword, and pen,
Fireside, the heroic wealth of hall and bower,
Have forfeited their ancient English dower
Of inward happiness. We are selfish men;
Oh! raise us up, return to us again;
And give us manners, virtue, freedom, power.
Thy soul was like a Star, and dwelt apart:
Thou hadst a voice whose sound was like the sea:
Pure as the naked heavens, majestic, free,
So didst thou travel on life’s common way,
In cheerful godliness; and yet thy heart
The lowliest duties on herself did lay.