Dans ce morceau d’auto-fiction écrit vers 1929, le jeune Ödön défend son attachement à la ville de Berlin où il vit après avoir quitté les villes de province, Munich et Vienne, qu’il considère ici d’ailleurs comme « la campagne ». En même temps, ce texte est une défense contre le « mot » auquel Horváth fait allusion et dont l’auteur est selon toute vraisemblance Heinrich Mann : les jeunes poètes n’auraient plus d’âme. Il s’agit donc pour Horváth de montrer le contraire. Raison peut-être aussi pour laquelle ce texte semble peu structuré, improvisé presque, laissant ainsi la place à l’imagination et au caractère authentique d’une écriture spontanée.

La fuite hors du silence

Si je dois répondre à la question de savoir pourquoi j’ai quitté le silence reposant du village pour Berlin, je dois avouer que la réponse est à la fois facile et très difficile pour moi. Il est évidemment facile de dire que c’est la ville qui donne le ton et non pas la campagne, que la campagne est culturellement morte, et incapable de créer une nouvelle culture, si bien que je ne peux formuler qu’une réponse superficielle pour le moment : dans la grande ville je reçois plus d’impressions, je vois plus de choses et des choses plus importantes pour notre temps qu’à la campagne.

(La prise de distance avec la nature)

Une fois, un ami me rendit visite et nous nous promenions ensemble. Tout lui paraissait inhabituel et il regardait tout et profitait de tout avec considérablement plus de sensibilité que moi. Nous discutions de la nature et de l’agriculture, de la petite vie des paysans et des petits bourgeois, mais qui se déroule de la même manière qu’en ville, la vie privée de ces gens. Mon ami me donnait raison et tout à coup tout nous paraissait drôlement comique, nous riions des soucis de ces paysans et c’était comique parce que nous les regardions comme des êtres singuliers.

Soudain, mon ami dit : il est grand temps que tu viennes en ville, tu vis au bord du monde ici. Certes, les gens ont ici exactement les mêmes traits de caractère, les mêmes vertus et vices qu’un citadin seul, mais tu oublies qu’il y a quelque chose en ville qui est la transformation de la conscience sociale. Est-ce que tu supportes le fait de n’avoir aucune idée de cette transformation ici, de ne rien en savoir ? En ville, ça se transforme, la ville est la fabrication à la chaîne pour ainsi dire, la campagne le petit entrepreneur privé.

Il est clair que la ville donne le ton : tu peux lire tous ces journaux aussi au village, mais le fluidum de la transformation te manque. Une nouvelle humanité est en train de se créer, à la campagne tu deviens observateur, l’ambiance des hommes nouveaux te manque.

Tu vis à la campagne dans la couche sociale qui est en train de périr.

Et puis il y a un danger à la campagne qui est le silence. Par silence je n’entends pas l’absence de bruits que l’on peut se procurer aussi en ville pour travailler.

C’est le silence de l’atmosphère, le silence de la stagnation.

Le silence a souvent été chanté, selon toutes les règles de la poésie.

A la campagne, on court le danger de devenir romantique. Le danger de la nouvelle illusion, pour ainsi dire. Je ne veux pas toucher ici au problème de l’absolue nécessité de rêver ; les fantaisies sont tout aussi importantes que le fait d’être raisonnable […]

Le problème recoupe ici avec le mot selon lequel la jeune génération n’aurait pas d’âme, ce qui est une énorme bêtise évidemment. Cela a à voir avec le contact perdu, avec la pulsion perdue ou sacrifiée. (Le contact avec la nature extérieure qui se perd de plus en plus n’est qu’un renoncement à la pulsion au service de la culture.)

Et à présent, le plus important : il est bien connu que pour penser on a besoin d’une chaise où s’asseoir. L’opinion s’est désormais répandue que le matériel est indispensable. Et il n’y a que Berlin, de toutes les villes allemandes, qui offre cela au jeune poète. Berlin, qui aime la jeunesse et fait aussi quelque chose pour la jeunesse, à la différence de la plupart des autres villes qui ne connaissent que l’amour platonique.

J’aime Berlin.

Traduit par ©Victoria Weidemann

Flucht aus der Stille

Wenn ich die Frage beantworten soll, warum ich aus der erholsamen Stille des Dorfes nach Berlin gezogen bin, so muß ich gestehen, daß mir die Antwort teils leicht und teils sehr schwer fällt. Es ist natürlich leicht zu sagen, daß die Stadt den Ton angibt und nicht das Land. Daß das Land kulturell tot ist, unfähig zur Erzeugung einer neuen Kultur, daß ich die Antwort im Handumdrehen lediglich oberflächlich formulieren kann, und zwar so: in der Großstadt habe ich mehr Eindrücke, sehe ich mehr und wichtigeres für unsere Zeit als auf dem Lande.

(Das Abrücken von der Natur)

Mich besuchte mal ein Freund und wir gingen zusammen spazieren, es war ihm alles ungewöhnlich und er sah und genoß alles bedeutend empfindlicher als ich. Wir sprachen über die Natur und die Landwirtschaft, über das kleine Leben der Bauern und kleine Bürger, das sich aber in ihrem privaten Leben genau so abspielt, wie in der Stadt, das der einzelnen Leute. Mein Freund gab mir recht und nun erschien uns alles plötzlich recht komisch, wir lachten über die Sorgen dieser Bauern, und das wars weil wir sie wie einzelne Wesen sahen.

Plötzlich sagte mein Freund: Es ist höchste Zeit, daß du in die Stadt kommst, du lebst hier am Rande der Welt. Gewiß haben hier die Leute auch genau die gleichen Eigenschaften, Tugenden und Laster wie der einzelne Städter, aber du vergißt, daß es in der Stadt etwas gibt, das ist die Umwandlung des gesellschaftlichen Bewußtseins. Kannst du es hier vertragen, keine Ahnung von dieser Wandlung zu haben, zu kennen? In der Stadt wandelt sich das um, die Stadt ist gewissermaßen das laufende Band, das Land der kleine Privatwirtschaftler.

Es ist klar, daß die Stadt den Ton angibt, du kannst am Dorfe draußen auch all die Zeitungen lesen, aber es fehlt dir das Fluidum der Wandlung. Es bildet sich eine neue Menschheit, auf dem Lande heraußen wirst du zum Beobachter, es fehlt dir die Atmosphäre der neuen Menschen.

Du lebst auf dem Lande in der sozialen Schicht, die untergeht.

Und dann ist noch eine Gefahr auf dem Lande, das ist die Stille. Unter Stille verstehe ich nun natürlich nicht die Geräuschlosigkeit, die man sich zum arbeiten auch in der Großstadt beschaffen kann.

Es ist die Stille der Atmosphäre, des Stillstands.

Die Stille ist oft besungen worden und zwar nach allen Regeln der Reimerei.

Auf dem Lande besteht die Gefahr des Romantischwerden. Der sogenannten neuen Illusion. Ich will hier das Problem der absoluten Notwendigkeit des Träumens nicht berühren, das Phantasieren ist genau so notwendig wie das Sachlichsein, […]

Hier berührt sich das Problem mit dem Ausspruch: die junge Generation hat keine Seele, was natürlich ein enormer Quatsch ist. Es hängt mit dem verlorenen Kontakt, mit dem verlorenen oder geopferten Trieb zusammen. (Der immer mehr sich verlierende Kontakt zur äußeren Natur ist nur ein Triebverzicht zum Nutzen der Kultur.)

Und nun das Wichtigste: bekanntlich braucht man zum Denken einen Stuhl, auf dem man sitzt. Es hat sich allmählich herumgesprochen, daß das Materielle unentbehrlich ist. Und das bietet dem jungen Schriftsteller nur Berlin, von allen deutschen Städten. Berlin, das die Jugend liebt, und auch etwas für die Jugend tut, im Gegensatz zu den meisten anderen Städten, die nur platonische Liebe kennen.

Ich liebe Berlin.