Chantier de traduction : autour de W. Wordsworth

Voici un sonnet que Wordsworth a composé un an après que sa fille Catherine est morte – elle n’avait pas quatre ans.

Surpris par la joie – avec l’impatience du vent
Je voulus partager mon enthousiasme – mais avec qui
Sinon toi, depuis longtemps enfouie sous la tombe muette,
En cet endroit qu’aucun incident ne peut troubler ?
L’amour, le fidèle amour t’a rappelée à mon esprit –
Mais comment ai-je pu t’oublier – quel pouvoir,
Même pour la plus infime division d’une heure,
M’a tant distrait que je demeurai aveugle
A ma plus cruelle perte ? – Cette pensée qui revint
Fut la pire oppression qu’endura mon chagrin,
Sauf une, une seule, lorsque je restai affligé
Voyant que le plus cher trésor de mon cœur n’était plus ;
Que ni le temps présent, ni les ans non encore nés
Ne pourraient restaurer à mes yeux son céleste visage.

Traduit de l’anglais par ©Maxime Durisotti

Surprised by joy—impatient as the Wind
I wished to share the transport—Oh! with whom
But Thee, long buried in the silent tomb,
That spot which no vicissitude can find?
Love, faithful love, recalled thee to my mind—
But how could I forget thee !—Through what power,
Even for the least division of an hour,
Have I been so beguiled as to be blind
To my most grievous loss?—That thought’s return
Was the worst pang that sorrow ever bore,
Save one, one only, when I stood forlorn,
Knowing my heart’s best treasure was no more;
That neither present time, nor years unborn
Could to my sight that heavenly face restore.