Adresse à un vieux portail de bois`

Abîmé par le temps et les intempéries, à peine bon
A faire du bois de chauffe ; il ne reste plus une écaille
De peinture pour masquer ces rides, et ces grincements
Font un cri rauque qui déchire le silence – gonds rouillés :
Du barbelé agrippé à un bras pourri
Remplace le vieux verrou, avec un charme mesquin.
Le peuplier sur lequel tu t’appuies est mort,
Et tout le charme de sa jeunesse est oublié.
Ce fossé devra bientôt trouver un autre gardien,
Sinon les vaches iront errer dans les champs.
Elles riront de toi, vieux portail de bois, tes membres,
Elles les disloqueront, les pousseront dans la bouillasse.
Alors je ne pourrai plus m’appuyer sur ton sommet
Et penser, rêver de galets sur la grève,
Ou regarder les colonnes féériques de la fumée de tourbe
Monter des cheminées chaulées en spirales célestes.
Ici j’ai toujours honoré le tendre rendez-vous, et de tout cœur
Quand nous étions tous deux amants, et que tu étais neuf.
Et de nombreuses fois j’ai vu l’œil rieur
De l’écolier à cheval sur ton dos robuste.
Mais la longue main argentée du Temps a touché notre front,
Je suis celui dont se moquent les femmes – toi, les vaches.
Comment pourrais-je aimer les portails de fer qui gardent
Les champs des riches fermiers. Ce sont de durs
De froids objets, un battement autour des piliers de béton,
Le bout du doigt pointé comme les vieilles lances
Mais toi et moi sommes de la même race, Portail en ruines,
Car tous les deux nous avons souffert le même destin.

Traduit de l’anglais par ©Maxime Durisotti (2010)

Address to an old wooden gate

Battered by time and weather; scarcely fit
For firewood; there’s not a single bit
Of paint to hide those wrinkles, and such scringes
Break hoarsely on the silence–rusty hinges:
A barbed wire clasp around one withered arm
Replaces the old latch, with evil charm.
That poplar tree you hang upon is rotten,
And all its early loveliness forgotten.
This gap ere long must find another sentry
If the cows are not to roam the open country.
They’ll laugh at you, Old Wooden Gate, they’ll push
Your limbs asunder, soon, into the slush.
Then I will lean upon your top no more
To muse, and dream of pebbles on a shore,
Or watch the fairy-columned turf-smoke rise
From white-washed cottage chimneys heaven-wise.
Here have I kept fair tryst, and kept it true,
When we were lovers all, and I was new;
And many time I’ve seen the laughing-eyed
Schoolchildren, on your trusty back astride.
But Time’s long silver hand has touched our brows,
And I’m the scorned of women–you of cows.
How can I love the iron gates which guard
The fields of wealthy farmers? They are hard,
Unlovely things, a-swinging on concrete piers–
Their finger tips are pointed like old spears.
But you and I are kindred, Ruined Gate,
For both of us have met the self-same fate.