Chantier de traduction : autour de W. Wordsworth

« L’aspect de la flamme, qui fait fuir les animaux, attire l’homme. On se rassemble autour d’un foyer commun, on y fait des festins, on y danse : les doux liens de l’habitude y rapprochent insensiblement l’homme de ses semblables, et sur ce foyer rustique brûle le feu sacré qui porte au fond des cœurs le premier sentiment de l’humanité. »

Jean-Jacques Rousseau, Essai sur l’origine des langues, chap. IX

Tel un œil de dragon qui se sent assommé
Du sommeil assombrissant, ou comme une torche
Qui soudain s’embrase dans une obscurité funèbre,
De même cette chandelle, dans ce lointain et noir recreux°
Des montagnes silencieuses, lugubres, immobiles :
Le lac, plus bas, ne la reflète pas ; le ciel
Enveloppé de nuages, n’apporte aucune compagnie
Qui atténue ou qui égaye sa solitude.
Pourtant, autour du corps de cette chose sans joie
Qui porte au loin sa lumière mélancolique,
Il se peut qu’en un cercle fraternel soit assise
Une assemblée joyeuse aux radieux visages,
Ils parlent, lisent, rient ; – peut-être chantent-ils,
Et les cœurs et les voix dans le chant sont unis.

Traduit de l’anglais par ©Maxime Durisotti, 2013

° J’emprunte le mot à Péguy.

Even as a dragon’s eye that feels the stress
Of a bedimming sleep, or as a lamp
Suddenly glaring through sepulchral damp,
So burns yon Taper ‘mid a black recess
Of mountains, silent, dreary, motionless:
The lake below reflects it not; the sky,
Muffled in clouds, affords no company
To mitigate and cheer its loneliness.
Yet, round the body of that joyless Thing
Which sends so far its melancholy light,
Perhaps are seated in domestic ring
A gay society with faces bright,
Conversing, reading, laughing;–or they sing,
While hearts and voices in the song unite.

(comp. 1812 ; pub. 1815)