Chantier de traduction : autour de H. Heine« Le nouvel hôpital israélite de Hambourg » est tout à la fois une considération ironique sur les maux qui accablent les juifs contemporains de Heine, et une offrande poétique en mémoire de Salomon Heine, banquier oncle du poète. Salomon est le bienfaiteur évoqué dans les dernières strophes, c’est aussi lui qui a financé les études de Heinrich Heine, puis qui lui a versé une pension pendant son exil – malgré son incompréhension pour les activités littéraires de son neveu : d’après Heine, on lui doit la formule « Hätt’er gelernt was Rechtes, müsst er nicht schreiben Bücher », « S’il avait appris quelque chose de valable, il ne serait pas obligé d’écrire des livres ». L’hôpital israélite, construit entre 1841 et 1843, a fonctionné jusqu’en 1939. Le poème paraît dans le recueil Neue Gedichte en 1844.

Le nouvel hôpital israélite de Hambourg.

Un hôpital pour les Juifs pauvres et malades,
Pour des enfants d’homme trois fois misérables,
Atteints de ces trois méchants fléaux,
La pauvreté, la maladie, le judaïsme !

Le pire des trois, c’est le dernier,
Ce mal familial millénaire,
Cette peste de la vallée du Nil,
Cette foi malsaine de l’ancienne Egypte.

Un mal profond, incurable ! Rien n’y fait,
Ni bains de vapeur, douche, ni les instruments
De la chirurgie, ni toutes les médecines
Qu’offre cette maison aux hôtes malades.

Le temps, éternel Dieu, éteindra-t-il jamais
La sombre souffrance que le père
Lègue à son fils, – le petit-fils sera-t-il
Jamais guéri et raisonnable, et heureux ?

Je n’en sais rien ! Mais en attendant, louons
Le cœur qui, avisé et aimant
Chercha à soulager ce qu’on pouvait soulager,
Instillant à temps du baume dans les blessures.

Le cher homme ! Il a construit ici un abri
Pour les maux que l’art du médecin
Peut guérir (ou l’art de la mort), a pourvu
Aux oreillers, boissons, maintenance et aux soins –

Un homme d’action, il fit ce qu’il pouvait faire,
Il abandonna ses revenus aux bonnes œuvres
Au soir de sa vie, ami des hommes,
La bienfaisance fut le repose du travail passé.

Il donna d’une main riche – mais un don plus riche
Découlait parfois de son œil : la larme,
La belle larme précieuse qu’il pleurait
Par incurable, immense fraternité.

Traduit par ©Claire Placial, 2013

Das neue israelitische Hospital zu Hamburg.

Ein Hospital für arme, kranke Juden,
Für Menschenkinder, welche dreifach elend,
Behaftet mit den bösen drei Gebresten,
Mit Armut, Körperschmerz und Judentume!

Das schlimmste von den dreien ist das letzte,
Das tausendjährige Familienübel,
Die aus dem Nil-Tal mitgeschleppte Plage,
Der altägyptisch ungesunde Glauben.

Unheilbar tiefes Leid! Dagegen helfen
Nicht Dampfbad, Dusche, nicht die Apparate
Der Chirurgie, noch all die Arzeneien,
Die dieses Haus den siechen Gästen bietet.

Wird einst die Zeit, die ewge Göttin, tilgen
Das dunkle Weh, das sich vererbt vom Vater
Herunter auf den Sohn, – wird einst der Enkel
Genesen und vernünftig sein und glücklich?

Ich weiß es nicht! Doch mittlerweile wollen
Wir preisen jenes Herz, das klug und liebreich
Zu lindern suchte, was der Lindrung fähig,
Zeitlichen Balsam träufelnd in die Wunden.

Der teure Mann! Er baute hier ein Obdach
Für Leiden, welche heilbar durch die Künste
Des Arztes, (oder auch des Todes!) sorgte
Für Polster, Labetrank, Wartung und Pflege –

Ein Mann der Tat, tat er was eben tunlich;
Für gute Werke gab er hin den Taglohn
Am Abend seines Lebens, menschenfreundlich,
Durch Wohltun sich erholend von der Arbeit.

Er gab mit reicher Hand – doch reichre Spende
Entrollte manchmal seinem Aug, die Träne,
Die kostbar schöne Träne, der er weinte
Ob der unheilbar großen Brüderkrankheit.

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