Rêve de jalousie

Nous marchions, toi, moi, et une autre femme
Dans quelque bois ; et l’herbe qui murmurait
Fouillait de ses doigts notre silence perplexe
Puis les arbres découvrirent une clairière
Imprévue, ombragée, où nous nous assîmes.
L’éclat de la lumière, je crois, porta le coup fatal.
Nous parlions désir et ce que c’est qu’être jaloux,
Causer était un linge simple et souple,
Ou la blanche nappe du pique-nique déployée
Comme un guide de savoir-vivre au milieu de la jungle.
« Montre-moi, dis-je à notre amie, ce dont depuis
Si longtemps je rêve, l’étoile mauve de ton sein. »
Et elle y consentit. Oh non, ces vers
Ni ma retenue, amour, n’apaiseront la douleur de ton regard.

Traduit de l’anglais par ©Maxime Durisotti, 2014

A Dream of Jealousy

Walking with you and another lady
In wooded parkland, the whispering grass
Ran its fingers through our guessing silence
And the trees opened into a shady
Unexpected clearing where we sat down.
I think the candour of the light dismayed us.
We talked about desire and being jealous,
Our conversation a loose single gown
Or a white picnic tablecloth spread out
Like a book of manners in the wilderness.
‘Show me,’ I said to our companion, ‘what
I have much coveted, your breast’s mauve star.’
And she consented. Oh neither these verses
Nor my prudence, love, can heal your wounded stare.

Extrait de Field Work, 1979.

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