I.

Hommage

Vous, mes chants ! Vous mes bons chants !
Debout, debout ! En garde !
Faites sonner les trompettes,
Et hissez-moi l’étendard
De la jeune fille
Qui désormais régnera
Sur tout mon cœur, en reine.

Salut à toi ! ô jeune reine !

Au soleil là-haut
J’arrache l’or rouge rayonnant,
Et j’en tisse un diadème
Pour ta tête consacrée.
Dans la soie bleue volatile de la voûte céleste,
Où étincellent les diamants de la nuit,
Je te taille un précieux habit,
Et le dépose, comme manteau de couronnement,
Sur tes épaules royales.
Je te donne une cour
De sonnets tirés à quatre épingles,
De fiers tercets et de strophes courtisanes ;
Le coureur à ton service : mon esprit,
Le fou : ma fantaisie,
Le héraut, la larme riant dans les armoiries,
À ton service : mon humour.
Mais moi-même, ô reine,
Je m’agenouille devant toi,
Et en hommage, sur un coussin de velours rouge,
Je te remets
Le peu de raison
Que, par pitié, m’a laissé encore
Celle qui t’a précédée dans le royaume.

Traduit par ©Claire Placial, 2014

I.

Huldigung

Ihr Lieder! Ihr meine guten Lieder!
Auf, auf! und wappnet euch!
Laßt die Trompeten klingen,
Und hebt mir auf den Schild
Dies junge Mädchen,
Das jetzt mein ganzes Herz
Beherrschen soll, als Königinn.

Heil dir! du junge Königinn!

Von der Sonne droben
Reiß ich das strahlend rothe Gold,
Und webe draus ein Diadem
Für dein geweihtes Haupt.
Von der flatternd blauseid’nen Himmelsdecke,
Worin die Nachtdiamanten blitzen,
Schneid’ ich ein kostbar Stück,
Und häng es dir, als Krönungsmantel,
Um deine königliche Schulter.
Ich gebe dir einen Hofstaat
Von steifgeputzten Sonetten,
Stolzen Terzinen und höflichen Stanzen;
Als Läufer diene dir mein Witz,
Als Hofnarr meine Phantasie,
Als Herold, die lachende Träne im Wappen,
Diene dir mein Humor.
Aber ich selber, Königinn,
Ich kniee vor dir nieder,
Und huld’gend, auf rothem Sammetkissen,
Ueberreiche ich dir
Das bißchen Verstand,
Das mir, aus Mitleid, noch gelassen hat
Deine Vorgängerinn im Reich.