III.

Coucher de soleil

 

Le soleil rouge ardent descend
S’abîmer dans le vaste frisson
De l’océan gris argent ;
D’aériennes formations au souffle rose
Lui font écho ; et de l’autre côté,
À travers le voile automnal, crépusculaire des nuages,
Le visage triste, mortelle pâleur,
Apparaît la lune,
Et derrière elle, étincelles de lumière,
Lointaines, brumeuses, luisent les étoiles.

Jadis au ciel resplendissaient,
Unis par le mariage
Luna, la déesse, et Sol, le Dieu,
Et grouillaient autour d’eux les étoiles,
Les petits enfants innocents.

Mais le murmure de mauvaises langues jeta la discorde,
Et en ennemis se séparèrent
Les nobles et splendides époux.

Maintenant, le jour, en solitaire pompe,
Se pavane là haut le dieu soleil,
Parce que sa splendeur
Est adorée et chantée sur tous les tons
Par des gens fiers qui ont le bonheur dur.
Mais la nuit,
Dans le ciel, erre Luna,
La pauvre mère,
Avec ses enfants orphelins les étoiles,
Et elle brille d’une douleur muette,
Et des jeunes filles amoureuses et de doux
Poètes lui dédient leurs larmes et leurs chants.

La tendre Luna ! Femme par nature,
Elle aime encore son bel époux.
Vers le soir, hésitante et pâle,
Elle le guette derrière de légers nuages,
Et lui qui s’en va, elle l’observe, douloureusement,
Et elle voudrait craintive l’appeler : « Viens !
Viens ! les enfants te réclament – »
Mais l’entêté Dieu soleil,
À la vue de son épouse, il rougeoie
D’une pourpre redoublée,
Par le mépris et la douleur,
Et impitoyable il se presse de descendre
Au fond des flots dans son froid lit de veuf.

*

Les murmures des mauvaises langues
Ont donc apporté douleur et ruine
Jusque chez les dieux immortels.
Et les pauvres dieux, là haut dans le ciel,
Parcourent leur orbite atrocement,
Désespérément infinie,
Et ne peuvent pas mourir,
Et traînent avec eux
Leur resplendissante misère.

Mais moi, l’homme,
Planté à ras de terre, heureusement mortel,
Je cesse de me plaindre.

Traduit par Claire Placial, 2014

 

III.

Sonnenuntergang

Die glühend rothe Sonne steigt
Hinab ins weitaufschauernde,
Silbergraue Weltmeer;
Luftgebilde, rosig angehaucht,
Wallen ihr nach; und gegenüber,
Aus herbstlich dämmernden Wolkenschleyern,
Ein traurig todtblasses Antlitz,
Bricht hervor der Mond,
Und hinter ihm, Lichtfünkchen,
Nebelweit, schimmern die Sterne.

Einst am Himmel, glänzten,
Ehlich vereint,
Luna, die Göttin, und Sol, der Gott,
Und es wimmelten um sie her die Sterne,
Die kleinen, unschuldigen Kinder.

Doch böse Zungen zischelten Zwiespalt,
Und es trennte sich feindlich
Das hohe, leuchtende Eh’paar.

Jetzt, am Tage, in einsamer Pracht,
Ergeht sich dort oben der Sonnengott,
Ob seiner Herrlichkeit
Angebetet und vielbesungen
Von stolzen, glückgehärteten Menschen.
Aber des Nachts,
Am Himmel, wandelt Luna,
Die arme Mutter,
Mit ihren verwaisten Sternenkindern,
Und sie glänzt in stiller Wehmut,
Und liebende Mädchen und sanfte
Dichter Weihen ihr Thränen und Lieder.

Die weiche Luna! Weiblich gesinnt,
Liebt sie noch immer den schönen Gemahl.
Gegen Abend, zitternd und bleich,
Lauscht sie hervor aus leichtem Gewölk,
Und schaut nach dem Scheidenden, schmerzlich,
Und möchte ihm ängstlich rufen: „Komm!
Komm! die Kinder verlangen nach dir –„
Aber der trotzige Sonnengott,
Bey dem Anblick der Gattin, erglüht’ er
In doppeltem Purpur,
Vor Zorn und Schmerz,
Und unerbittlich eilt er hinab
In sein fluthenkaltes Witwerbett.

***

Böse, zischelnde Zungen
Brachten also Schmerz und Verderben
Selbst über ewige Götter.
Und die armen Götter, oben am Himmel
Wandeln sie, qualvoll,
Trostlos unendliche Bahnen,
Und können nicht sterben,
Und schleppen mit sich
Ihr strahlendes Elend.

Ich aber der Mensch,
Der niedriggepflanzte, der Tod-beglückte,
Ich klage nicht länger.