VI.

Déclaration

Le soir venait crépusculaire,
Le flot s’enrageait plus sauvage,
Et j’étais assis sur la plage, et regardais
La blanche danse des vagues,
Et ma poitrine enflait comme la mer,
Et lancinante me prit une profonde nostalgie
De toi, oh chère image,
Qui partout m’environne,
Et partout m’appelle,
Partout, partout,
Dans le vent mugissant, dans la mer rugissante,
Et dans le soupir de ma propre poitrine.

Avec un faible roseau j’écrivis dans le sable :
« Agnes, je t’aime ! »
Mais les viles vagues se déversèrent
Sur le doux aveu,
Et l’effacèrent.

Roseau qui se brise, sable qui s’envole,
Vagues qui s’écoulent, je ne me fierai plus à vous !
Le ciel se fait plus sombre, mon cœur plus sauvage,
Et d’une main forte, dans les forêts de Norvège,
J’arrache le plus haut sapin,
Et je le plonge
Dans l’abîme brûlant de l’Etna, et avec cette
Plume de géant abreuvée de feu
J’écris sur l’obscure voûte céleste :
« Agnes, je t’aime ! »

Désormais flamboie chaque nuit
Là-haut l’éternelle écriture enflammée,
Et les générations renouvelées
Lisent jubilantes les célestes paroles :
« Agnes, je t’aime ! »

Traduit par Claire Placial, 2014

 

VI.

Erklärung

Herangedämmert kam der Abend,
Wilder toste die Flut,
Und ich saß am Strand, und schaute zu
Dem weißen Tanz der Wellen,
Und meine Brust schwoll auf wie das Meer,
Und sehnend ergriff mich ein tiefes Heimweh
Nach dir, du holdes Bild,
Das überall mich umschwebt,
Und überall mich ruft,
Überall, überall,
Im Sausen des Windes, im Brausen des Meers,
Und im Seufzen der eigenen Brust.

Mit leichtem Rohr schrieb ich in den Sand:
« Agnes, ich liebe dich! »
Doch böse Wellen ergossen sich
Über das süße Bekenntnis,
Und löschten es aus.

Zerbrechliches Rohr, zerstiebender Sand,
Zerfließende Wellen, euch trau ich nicht mehr!
Der Himmel wird dunkler, mein Herz wird wilder,
Und mit starker Hand, aus Norwegs Wäldern,
Reiß ich die höchste Tanne,
Und tauche sie ein
In des Ätnas glühenden Schlund, und mit solcher
Feuergetränkten Riesenfeder
Schreib ich an die dunkle Himmelsdecke:
« Agnes, ich liebe dich! »

Jedwede Nacht lodert alsdann
Dort oben die ewige Flammenschrift,
Und alle nachwachsende Enkelgeschlechter
Lesen jauchzend die Himmelsworte:
« Agnes, ich liebe dich! »