VIII

Tempête

 

La tempête s’enrage
Et elle fouette les vagues,
Et les vagues, qui écument de rage et se cabrent,
Montent comme des tours, et les montagnes d’eau blanche
S’enroulent vivantes,
Et le petit navire les escalade,
En hâte, avec peine,
Et soudain il est précipité
Dans de noirs et béants abîmes liquides –

O Mer !
Mère de la beauté, de celle qui surgit de l’écume !
Grand-mère de l’amour ! épargne-moi !
Déjà plane, reniflant le cadavre
La blanche mouette spectrale,
Et elle s’aiguise le bec sur le mât
Et affamée elle brûle de dévorer le cœur
Qui résonne de la gloire de ta fille,
Et que ton petit-fils, ce plaisantin,
A choisi pour jouet.

En vain je prie et je supplie !
Mes appels se perdent dans la tempête mugissante,
Dans le vacarme guerrier des vents.
Ça rugit et ça siffle et crépite et gémit,
Comme l’asile de fous des sons !
Et par intermittences j’entends perceptibles
Des sons de harpe attirants,
Chant sauvage du désir,
Qui font fondre l’âme et qui déchirent l’âme,
Et je reconnais la voix.

Au loin sur les falaises écossaises,
Là où s’élève le petit château gris
Au dessus de la mer déferlante,
Là, sous la haute voûte de sa fenêtre,
Se tient une femme belle et malade,
Diaphane et délicate, pâle comme le marbre,
Et elle joue de la harpe et chante
Et le vent pénètre dans ses longues boucles,
Et porte son sombre chant
Par dessus de la vaste mer tempêtueuse.

 

Traduit par Claire Placial, mai 2014

 

VIII

Sturm

 

Es wütet der Sturm,
Und er peitscht die Wellen,
Und die Well’n, wutschäumend und bäumend,
Türmen sich auf, und es wogen lebendig
Die weißen Wasserberge,
Und das Schifflein erklimmt sie,
Hastig mühsam,
Und plötzlich stürzt es hinab
In schwarze, weitgähnende Flutabgründe –

O Meer!
Mutter der Schönheit, der Schaumentstiegenen!
Großmutter der Liebe! schone meiner!
Schon flattert, leichenwitternd,
Die weiße, gespenstische Möwe,
Und wetzt an dem Mastbaum den Schnabel,
Und lechzt, voll Fraßbegier, nach dem Herzen,
Das vom Ruhm deiner Tochter ertönt,
Und das dein Enkel, der kleine Schalk,
Zum Spielzeug erwählt.

Vergebens mein Bitten und Flehn!
Mein Rufen verhallt im tosenden Sturm,
Im Schlachtlärm der Winde.
Es braust und pfeift und prasselt und heult,
Wie ein Tollhaus von Tönen!
Und zwischendurch hör ich vernehmbar
Lockende Harfenlaute,
Sehnsuchtwilden Gesang,
Seelenschmelzend und seelenzerreißend,
Und ich erkenne die Stimme.

Fern an schottischer Felsenküste,
Wo das graue Schlößlein hinausragt
Über die brandende See,
Dort, am hochgewölbten Fenster,
Steht eine schöne, kranke Frau,
Zartdurchsichtig und marmorblaß,
Und sie spielt die Harfe und singt,
Und der Wind durchwühlt ihre langen Locken,
Und trägt ihr dunkles Lied
Über das weite, stürmende Meer.