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II

Orage

Sourdement s’étale l’orage sur la mer,
Et à travers le noir mur de nuages
Fuse la foudre frimeuse,
Vite illuminée et vite disparue,
Telle une blague sortie de la tête du Kronide.
Sur la mer déserte mouvante
Roulent au loin les tonnerres
Et bondissent les blanches cavales d’écume,
Qu’a engendrées Borée en personne
Avec les juments ravissantes d’Erichton,
Et le peuple peureux des oiseaux de mer volette
Comme au bord du Styx les cadavres des ombres
Que Charon éjecte de la barque nocturne.

Pauvre drôle petit bateau
Qui danse ici la plus grave des danses !
Éole lui envoie ses plus agiles gaillards,
Qui jouent un air sauvage pour la ronde joyeuse ;
L’un siffle, l’autre souffle,
Le troisième frotte une sourde contrebasse –
Et le marin chancelant se tient au gouvernail
Et ne quitte pas des yeux la boussole,
Cette âme hésitante du bateau,
Et il lève des mains suppliantes vers le ciel :
« O sauve moi, Castor, héros voyageur,
Et toi, le lutteur, Pollux ! »

Traduit par Claire Placial

II-

Gewitter

Dumpf liegt auf dem Meer das Gewitter,
Und durch die schwarze Wolkenwand
Zuckt der zackige Wetterstrahl,
Rasch aufleuchtend und rasch verschwindend,
Wie ein Witz aus dem Haupte Kronions.
Über das wüste, wogende Wasser
Weithin rollen die Donner
Und springen die weißen Wellenrosse,
Die Boreas selber gezeugt
Mit des Erichthons reizenden Stuten,
Und es flattert ängstlich das Seegevögel,
Wie Schattenleichen am Styx,
Die Charon abwies vom nächtlichen Kahn.

Armes, lustiges Schifflein,
Das dort dahintanzt den schlimmsten Tanz!
Äolus schickt ihm die flinksten Gesellen,
Die wild aufspielen zum fröhlichen Reigen;
Der eine pfeift, der andre bläst,
Der dritte streicht den dumpfen Brummbaß –
Und der schwankende Seemann steht am Steuer
Und schaut beständig nach der Bussole,
Der zitternden Seele des Schiffes,
Und hebt die Hände flehend zum Himmel:
« O rette mich, Kastor, reisiger Held,
Und du, Kämpfer der Faust, Polydeukes! »