Le Phénix

Voilà un oiseau, il vient volant de l’ouest,
Il vole vers l’est,
Vers l’Orient, patrie des jardins
Où embaument et croissent les épices,
Et où les palmes bruissent et les puits rafraîchissent –
Et en volant le merveilleux oiseau chante:

« Elle l’aime ! Elle l’aime !
Elle porte son portrait dans son petit cœur,
Et le porte gentiment, secrètement dissimulé,
Et lui-même n’en sait rien !
Mais quand elle rêve il se tient devant elle,
Elle prie et pleure et baise ses mains
Et crie son nom,
Et d’avoir crié elle se réveille et git effrayée,
Et frotte étonnée ses beaux yeux –
Elle l’aime, elle l’aime ! »

*

Debout adossé au mat, sur le pont supérieur,
J’étais là, à écouter le chant de l’oiseau.
Comme des chevaux noir-vert aux crinières d’argent,
Bondissaient les vagues aux blanches boucles,
Comme une procession de cygnes voguaient à notre rencontre,
Leurs voiles scintillantes, les habitants de Helgoland,
Ces hardis nomades de la mer du Nord ;
Au dessus de moi, dans le bleu éternel,
Papillonnaient de blancs nuages
Et resplendissait le soleil éternel,
Cette rose du ciel, aux pétales de feu,
Qui joyeuse se reflétait dans la mer ; –
Et le ciel et la mer et mon propre cœur
Chantèrent en écho :
« Elle l’aime ! elle l’aime ! »

Traduit par Claire Placial

 

Der Phönix

Es kommt ein Vogel geflogen aus Westen,
Er fliegt gen Osten,
Nach der östlichen Gartenheimat,
Wo Spezereien duften und wachsen,
Und Palmen rauschen und Brunnen kühlen –
Und fliegend singt der Wundervogel:

« Sie liebt ihn! sie liebt ihn!
Sie trägt sein Bildnis im kleinen Herzen,
Und trägt es süß und heimlich verborgen,
Und weiß es selbst nicht!
Aber im Traume steht er vor ihr,
Sie bittet und weint und küßt seine Händ
Und ruft seinen Namen,
Und rufend erwacht sie und liegt erschrocken,
Und reibt sich verwundert die schönen Augen –
Sie liebt ihn, sie liebt ihn! »

*

An den Mastbaum gelehnt, auf dem hohen Verdeck,
Stand ich und hört ich des Vogels Gesang.
Wie schwarzgrüne Rosse mit silbernen Mähnen,
Sprangen die weißgekräuselten Wellen;
Wie Schwanenzüge schifften vorüber,
Mit schimmernden Segeln, die Helgolander,
Die kecken Nomaden der Nordsee;
Über mir, in dem ewigen Blau,
Flatterte weißes Gewölk
Und prangte die ewige Sonne,
Die Rose des Himmels, die feuerblühende,
Die freudvoll im Meer sich bespiegelte; –
Und Himmel und Meer und mein eigenes Herz
Ertönten im Nachhall:
« Sie liebt ihn! sie liebt ihn! »