Autour d’Hermann Broch

Par Victoria Weidemann

Si Hermann Broch (1886-1951) compte parmi les auteurs germanophones qui sont moins connus que leurs contemporains (Thomas Mann, Stefan Zweig, Bertolt Brecht), son œuvre lyrique reste un domaine encore plus insolite même pour les connaisseurs de La Mort de Virgile et des Somnambules. Contrairement à ces chefs-d’œuvres, les poèmes de Broch semblent parfois presque banals alors que ce sont justement le lyrisme et le ton poétique de sa prose qui lui ont valu l’admiration de ses lecteurs et un succès considérable de son vivant (par exemple la proposition pour le Prix Nobel en 1951, année de sa mort). En dehors des passages poétiques des romans, on trouve néanmoins quelques poèmes tout à fait remarquables qui témoignent d’une grande originalité et de la capacité qu’avait Broch de prêter sa plume à un répertoire de styles très différents, même si la plupart de ces textes tournent autour du même questionnement sur la mort, la mémoire, la connaisance et la constitution du Moi.

Une première édition rassemblant la moitié des quelque cinquante poèmes existe depuis 1953, alors qu’une édition commentée de l’intégralité des poèmes a été publiée en 1980 par Paul Michael Lützeler.[1]

A ce jour, aucun des poèmes de Broch n’a été traduit en français et j’aimerais commencer par présenter les plus intéressants ici. En même temps que le premier publié sur ce site, « La clairière dans le bois », je propose également une traduction d’un poème de Georg Trakl (« L’Occident ») qui était très probablement l’une des sources d’inspiration de Broch pour « La clairière ».


[1] Hermann Broch, Gedichte, éd. p. Paul Michael Lützeler, Editions Suhrkamp, Francfort 1980 (= Kommentierte Werkausgabe, tome VIII).  Tous les poèmes de Broch présentés ici sont cités d’après cette édition.


Ödön von Horváth, Le Livre des Danses

Contemporain et correspondant d’Hermann Broch, ce n’est qu’à la fin de sa vie qu’Horváth partage le même destin d’écrivain exilé que Broch. Fils de diplomates naturalisés hongrois, Horváth s’installe à Munich en 1919 où il fait des études de littérature et ses premiers pas en tant qu’écrivain. C’est dans cette ville par ailleurs que Broch rencontre la belle-sœur d’Horváth, Auguste, avec laquelle il entretient une relation amoureuse durant quelques années. Dès 1924, Horváth vit à Berlin, mais doit quitter la capitale au milieu des années trente, car ses textes s’opposent de plus en plus fortement au régime national-socialiste. Après un périple à travers l’Autriche et l’Hongrie il arrive finalement à Paris en 1938, où il meurt pourtant quelques jours plus tard – atteint par la foudre sur l’avenue des Champs-Elysées.

La raison pour laquelle je me suis intéressée au Livre des danses est surtout le rapport entre le rythme de la syntaxe et le contenu dramatique, entre musique et poésie, qui y est présent. Ces textes datent du tout début de la carrière d’Horváth et ont été considérés par l’auteur lui-même comme des balbutiements d’écrivain peu habiles, si bien qu’Horváth rachetait plus tard la quasi-totalité de ses propres publications afin de les détruire. Quelques exemplaires ont pourtant échappé à ce destin et ont donné lieu à plusieurs rééditions récentes.

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