La Mort de Danton est une pièce en quatre actes écrite par un Büchner de 22 ans, en 1835. Danton y est représenté comme un jouisseur courant délibérément à l’abîme. Marion est une des prostituées qui l’entourent. Ce texte a bientôt deux cents ans. On ne dirait pas.

 

Marion : Non, laisse moi ! Comme ça, à tes pieds. Je veux te raconter.

Danton : Tu pourrais faire meilleur usage de tes lèvres.

Marion : Non, laisse moi, vraiment. – Ma mère était une femme intelligente ; elle me disait toujours que la chasteté était une belle vertu. Quand des gens venaient à la maison et se mettaient à parler de certaines choses, elle me disait de sortir de la pièce ; si je demandais ce que ces gens voulaient, elle me disait que je devrais avoir honte ; quand elle me donnait un livre à lire, il fallait toujours que j’en saute des pages. Mais ce que je préférais c’était la Bible, tout était saint là dedans ; mais il y avait dedans quelque chose que je ne comprenais pas. Je ne voulais pas poser de question à personne, alors je ruminais ça toute seule. Et puis ça a été le printemps ; autour de moi se passaient bien des choses auxquelles je ne prenais aucune part. J’étais prise dans une atmosphère spéciale, ça m’a presque étouffée. Je regardais les membres de mon corps ; j’avais parfois l’impression d’être double puis de me refondre en une personne. Un jeune homme venait à cette époque là chez moi ; il était joli et il racontait souvent de belles choses ; je ne savais pas bien ce qu’il voulait, mais il me faisait rire. Ma mère lui a dit de venir plus souvent, ça nous allait à tous les deux. À la fin on n’a plus su pourquoi on ne pourrait pas s’allonger entre deux draps, plutôt que s’assoir sur deux chaises. J’y trouvais plus de plaisir qu’à lui parler, et je ne voyais pas pourquoi on devait m’accorder le plus petit plaisir et m’interdire le plus grand. Nous le faisions en secret. Ça a continué comme ça. Mais je suis devenue comme une mer qui engloutit tout et qui remue, de plus en plus profonde. Il n’y avait qu’une seule différence : tous les hommes se fondaient en un seul corps. Ma nature était comme ça, qu’est-ce qu’on y pouvait ? À la fin il s’en est rendu compte. Il est arrivé un matin et m’a embrassée comme s’il voulait m’étrangler ; il a serré ses bras autour de mon cou, j’ai eu une peur indicible. Mais il m’a laissée et a ri et a dit : il avait manqué une mauvaise blague de peu ; je pouvais bien garder ma robe et l’utiliser, elle tomberait d’elle même, il ne voulait pas me gâcher mon plaisir avant l’heure, puisque c’était tout ce que j’avais. Après il est parti et je ne savais pas ce qu’il voulait. Le soir, j’étais assise à la fenêtre ; je suis très sensible et une sensation suffit pour je m’accorde à tout ce qui m’entoure ; je me suis plongée dans les vagues du soleil couchant. À ce moment là une foule a descendu la rue, les enfants couraient devant, les femmes regardaient par la fenêtre. J’ai regardé en dessous de moi : ils le portaient dans une corbeille, la lune brillait sur son front blanc, ses cheveux étaient mouillés, il s’était noyé. J’ai pleuré. – ça a été la seule cassure dans mon être. Les autres gens ont le dimanche et les jours de travail, ils travaillent six jours et prient le septième, tous les ans ils sont émus une fois, le jour de leur anniversaire, et chaque année ils réfléchissent une fois, pour le nouvel an. Je n’y comprends rien : je ne connais pas de phases, pas de changement. Je suis toujours une et une seule : un désir, une dévoration ininterrompus, un brasier, un torrent. Ma mère est morte de chagrin ; les gens me montrent du doigt. C’est bête. Ça n’a aucune importance qu’on trouve sa joie ici ou là, dans les corps, les images du Christ, les fleurs ou les jouets d’enfant ; c’est le même sentiment ; celui qui jouit le plus, il prie aussi le plus.

Danton : Pourquoi je n’arrive pas à incorporer ta beauté en moi entièrement, à en faire complètement le tour ?

Marion : Danton, tes lèvres ont des yeux.

Danton: Je voudrais être une particule d’éther, pour te baigner dans mes eaux, pour me briser contre chacune des vagues de ton beau corps.

 

 

Danton: Ich möchte ein Teil des Äthers sein, um dich in meiner Flut zu baden, um mich auf jeder Welle deines schönen Leibes zu brechen.

Marion: Nein, laß mich! So zu deinen Füßen. Ich will dir erzählen.

Danton: Du könntest deine Lippen besser gebrauchen.

Marion: Nein, laß mich einmal so. – Meine Mutter war eine kluge Frau; sie sagte mir immer, die Keuschheit sei eine schöne Tugend. Wenn Leute ins Haus kamen und von manchen Dingen zu sprechen anfingen, hieß sie mich aus dem Zimmer gehn; frug ich, was die Leute gewollt hätten, so sagte sie mir, ich solle mich schämen; gab sie mir ein Buch zu lesen, so mußt’ ich fast immer einige Seiten überschlagen. Aber die Bibel las ich nach Belieben, da war alles heilig; aber es war etwas darin, was ich nicht begriff. Ich mochte auch niemand fragen, ich brütete über mir selbst. Da kam der Frühling; es ging überall etwas um mich vor, woran ich keinen Teil hatte. Ich geriet in eine eigne Atmosphäre, sie erstickte mich fast. Ich betrachtete meine Glieder; es war mir manchmal, als wäre ich doppelt und verschmölze dann wieder in eins. Ein junger Mensch kam zu der Zeit ins Haus; er war hübsch und sprach oft tolles Zeug; ich wußte nicht recht, was er wollte, aber ich mußte lachen. Meine Mutter hieß ihn öfters kommen, das war uns beiden recht. Endlich sahen wir nicht ein, warum wir nicht ebensogut zwischen zwei Bettüchern beieinander liegen, als auf zwei Stühlen nebeneinander sitzen durften. Ich fand dabei mehr Vergnügen als bei seiner Unterhaltung und sah nicht ab, warum man mir das geringere gewähren und das größere entziehen wollte. Wir taten’s heimlich. Das ging so fort. Aber ich wurde wie ein Meer, was alles verschlang und sich tiefer und tiefer wühlte. Es war für mich nur ein Gegensatz da, alle Männer verschmolzen in einen Leib. Meine Natur war einmal so, wer kann da drüber hinaus? Endlich merkt’ er’s. Er kam eines Morgens und küßte mich, als wollte er mich ersticken; seine Arme schnürten sich um meinen Hals, ich war in unsäglicher Angst. Da ließ er mich los und lachte und sagte: er hätte fast einen dummen Streich gemacht; ich solle mein Kleid nur behalten und es brauchen, es würde sich schon von selbst abtragen, er wolle mir den Spaß nicht vor der Zeit verderben, es wäre doch das einzige, was ich hätte. Dann ging er; ich wußte wieder nicht, was er wollte. Den Abend saß ich am Fenster; ich bin sehr reizbar und hänge mit allem um mich nur durch eine Empfindung zusammen; ich versank in die Wellen der Abendröte. Da kam ein Haufe die Straße herab, die Kinder liefen voraus, die Weiber sahen aus den Fenstern. Ich sah hinunter: sie trugen ihn in einem Korb vorbei, der Mond schien auf seine bleiche Stirn, seine Locken waren feucht, er hatte sich ersäuft. Ich mußte weinen. – Das war der einzige Bruch in meinem Wesen. Die andern Leute haben Sonn- und Werktage, sie arbeiten sechs Tage und beten am siebenten, sie sind jedes Jahr auf ihren Geburtstag einmal gerührt und denken jedes Jahr auf Neujahr einmal nach. Ich begreife nichts davon: ich kenne keinen Absatz, keine Veränderung. Ich bin immer nur eins; ein ununterbrochenes Sehnen und Fassen, eine Glut, ein Strom. Meine Mutter ist vor Gram gestorben; die Leute weisen mit Fingern auf mich. Das ist dumm. Es läuft auf eins hinaus, an was man seine Freude hat, an Leibern, Christusbildern, Blumen oder Kinderspielsachen; es ist das nämliche Gefühl; wer am meisten genießt, betet am meisten.

Danton: Warum kann ich deine Schönheit nicht ganz in mich fassen, sie nicht ganz umschließen?

Marion: Danton, deine Lippen haben Augen.

Danton: Ich möchte ein Teil des Äthers sein, um dich in meiner Flut zu baden, um mich auf jeder Welle deines schönen Leibes zu brechen.

 

 

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