Chantier de traduction : autour de W. Wordsworth

Voici l’un des sonnets les plus célèbres de Wordsworth, qu’il composa tandis (ou presque !) que le coche qui le ramenait chez lui faisait une halte sur le pont de Westminster. Il est en effet curieux de voir Wordsworth célébrer une beauté urbaine. A en croire la relation de la journée dans le journal de Dorothy, c’est la pureté du ciel ce matin-là, non embarrassé de la fumée des maisons et des usines, qui ont ravi le cœur du poète et de sa sœur.

Ecrit sur le pont de Westminster, le 3 septembre 1802

La terre n’a rien de plus beau à produire :
Insensible l’âme de qui passerait en négligeant
Une vue que sa majesté rend si émouvante :
La ville à présent porte ainsi qu’un vêtement
La beauté du matin ; silencieux et nus,
Bateaux, tours, dômes, théâtres et temples demeurent
Offerts aux champs ainsi qu’au ciel ;
Tout clairs et scintillants dans l’air sans fumée.
Jamais le soleil n’a si magnifiquement trempé
Dans sa première splendeur, vallée, rocher ou colline ;
Jamais je n’ai vu, jamais ressenti un calme si profond !
Le fleuve coule à son propre et tendre vouloir :
Dieu ! Les demeures elles-mêmes semblent assoupies ;
Et tout ce puissant cœur gît immobile !

© Maxime Durisotti, octobre 2011, traduit de l’anglais d’après l’édition des Major Works de William Wordsworth par Stephen Gill, Oxford University Press, 2000

Composed upon Westminster Bridge, September 3, 1802

Earth hath not anything to show more fair:
Dull would he be of soul who could pass by
A sight so touching in its majesty:
This City now doth, like a garment, wear
The beauty of the morning; silent, bare,
Ships, towers, domes, theatres and temples lie
Open unto the fields, and to the sky;
All bright and glittering in the smokeless air.
Never did sun more beautifully steep
In his first splendor, valley, rock, or hill;
Ne’er saw I, never felt, a calm so deep!
The river glideth at his own sweet will:
Dear God! The very houses seem asleep;
And all that mighty heart is lying still!

La Tamise à Westminster, Claude Monet, 1871