Autour de Dino Campana
A Guiseppe Prezzolini – Florence

                                                                  Marradi, 6 janvier 1914

Monsieur Prezzolini,

Je m’en remets à vous, cher Monsieur. Je suis un pauvre diable qui écrit comme il sent : peut-être voudrez-vous m’écouter. Je suis le personnage qui vous a été présenté par Monsieur Soffici à l’exposition futuriste comme un marginal, comme quelqu’un qui de temps en temps écrit de bonnes choses. J’écris des nouvelles poétiques et des poésies ; personne ne veut me publier mais j’ai besoin d’être publié : pour me prouver que j’existe, pour écrire encore j’ai besoin d’être publié. J’ajoute que je mérite d’être publié parce que je sens que le peu de poésie que je sais faire a une pureté d’accent peu commune chez nous aujourd’hui. Je ne suis pas ambitieux mais je pense qu’après avoir été roué de coups par le monde, après m’être fait lacérer par la vie, ma parole qui néanmoins jaillit a le droit d’être écoutée. Bien que je vous connaisse à peine je suis certain que vous avez une âme délicate, que vous sentez la justesse de mon appel comme vous sentirez la vérité de ma poésie. Je suis certain que vous n’appartenez pas à la meute ironique des bluffeurs. Je choisis de vous envoyer la plus vieille, la plus ingénue de mes poésies, aux images vieillies, à la forme encore alambiquée : mais vous sentirez l’âme qui se libère.

J’attends plein de confiance.

Je vous salue respectueusement.

Dino Campana

Dino Campana, traduit par Irène Gayraud.